Tracer un Chemin

Il y a deux façons de tracer un chemin. On optera pour l’une ou l’autre selon les valeurs qui supportent notre existence.

La première option consistera à dessiner le chemin qui est déjà présent dans le paysage. La nature suggère et invite pour qui sait regarder. L’invité qui s’installe pour quelque temps dans notre demeure, comprend vite les us et coutumes qui régissent la maison. En comprenant l’intérêt de la maisonnée,  il se fondra sans à-coups dans les flux des résidents, fera sien les horaires du maître de maison, et lorsque la nuit il souhaitera se promener, il fermera la porte en douceur. Un jour, il quittera le logis; il n’a aucune raison de soumettre les lieux à son bon vouloir où à ce que, depuis sa récente arrivée et son statut d’invité, il juge plus approprié.

La même approche est à portée de décision lorsque nous souhaitons nous mouvoir dans les pièces de l’environnement, ou passer les portes de la nature.
Nous contournerons les arbres et les rochers, nous longerons les cours d’eau jusqu’à ce que la surface de l’eau s’estompe suffisamment pour que l’on y pose un pont, tressé de branches alentour.
Le pont tiendra un moment, avant que l’eau ne l’emporte. Avec la crue descendante, on en fera un autre. Quelque chose de plus grand que la communauté et que ses architectes autorise implicitement que l’on arpente son territoire.
Une sagesse qui transcende les membres de la communauté laisse s’exprimer les voies nécessaires à leurs mouvements. Tous sont conscients que communauté et bâtiments sont voués à disparaître.

La seconde possibilité ne mérite pas qu’on la décrive en détail. Celui qui occupe cet espace terrestre depuis moins de soixante ans n’a guère connu d’alternatives. Il lui suffit de monter en voiture, ou voir par la fenêtre pour en avoir un aperçu criant.
La difficulté pour cet habitant sera de porter un regard neuf sur des manières qu’il a intégrées au plus profond de lui.
Cet tracé de chemin ne laisse pas la place aux questionnements de moindre empreinte, ni au respect des structures naturelles qu’offre le paysage, elle n’a que faire de l’argument de prévalence, de préexistence de l’arbre centenaire.
Il s’agira d’aller au plus court, au moins cher, au plus hyperbolique, à flatter l’arrogance pour courber le métal: chaque construction devenant le prolongement de la communauté qui l’a construite.
L’architecture intérieure des architectes d’extérieur est prévue pour se transposer, se dilater dans les bâtiments, ponts et routes qu’ils conçoivent.

Ainsi, de par l’observation des routes, infrastructures bâtisses et chemins, on peut présager des axes prioritaires de la civilisation que l’on traverse, des directions que l’on perçoit et des intentions des architectes.

La notre est souvent droite et brutale. Elle érige la vitesse en valeur phare au détriment du respect du berceau naturel qui l’a fait naître, le constitue et l’engloutira.

Franck Joseph

© FJ Oct 2017. All rights reserved.

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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