Les écrits vains
Des écrivains
Sa taisent-ils un jour?
Exutoire tronqué à l’indicible, l’écriture donne un sens a posteriori au chaos intérieur.
Elle tente de le faire. Asymptotique, jamais elle n’y parvient autant que le silence.
Réflexe conditionné, elle persiste à placarder ces motifs incomplets et grossiers sur une tapisserie raffinée.
Les mots embrassent de leur signifié ce qui n’a ni sens, ni direction,
Ce qui surgit sans prévenir et chamboule tant qu’il faut bien éponger.
Les mots essuient le maquillage avant même qu’il n’ait l’occasion de couler.
Ce que les mots embrassent est pourtant bien insignifiant.
Les écrits vains
Des écrivains
Manquants par nature, continuent d’appeler les mots
Manquants par nature, conti
Manquants par natur
Manquants par
Manquan
Man
M
L’écriture est le reflet de l’importance disproportionnée de nos remous intérieurs.
Est-ce que l’océan cherche un sens à chaque tourbillon de sable qui se forme?
La poussière obscure que le courant d’air remue entre deux portes battantes, la montagne n’en a que faire.
Gaillarde, cette poussière verbale s’impose à l’œil de celui qui ouvre un peu plus grand et écarquille un peu plus large, quand tous sombrent au sol, abattus d’un sommeil imbécile.
Le veilleur en émoi jongle alors avec sa boule de feu émotionnelle primaire. Les mots qu’il parvient à saupoudrer lorsque, le tourbillon, l’espace d’un instant s’apaise, semblent rendre les flammes un peu moins brûlantes, une peu plus maîtrisables.
C’est là une illusion transitoire, le veilleur le sait bien, et les mots, au final, ne servent à rien.
Ce sont des coquilles vides au cœur desquelles on insuffle un air fragile, volatile.
Seuls les idiots intrépides s’y reconnaissent encore.
Quelques lecteurs pugnaces pensent pouvoir saisir cet air entre les doigts et l’inspirer quand bien même il ne vient pas d’eux. Ils tentent de se l’approprier quand bien même cet air est déjà vicié par le temps passé entre la naissance de l’émotion et l’étiquetage du mot.
Mais le veilleur n’a pas ce noble projet qui consisterait à panser les désarrois de ces bandages de fortune.
C’est pour lui histoire de survie.
Qu’un passant s’en saisisse comme on récupère au vol une mélodie de haut parleur, c’est un heureux effet collatéral non nécessaire à la pérennité de l’usine à mots pourris.
A la chaîne, elle débite, en esclave froid des vents intérieurs, des mots au kilomètre qui, s’ils n’épanchent pas les pleurs, suffisent à sécuriser les frontières lacrymales.
Et c’est parce qu’ils sont creux que les mots écopent d’autant mieux les tonneaux percés qui traversent, impudents.
Les mots pleins, eux, restent sur la berge dans les bouches hurlantes, d’où s’époumonent les morts.
Franck
