La Posture Profonde

Assis, jambes croisées, genoux au sol, depuis toujours.

Qui se tient sous la trappe d’observation? Dans quel espace se trouve-t-il?
Au milieu, à l’intérieur de notre posture de méditation, quelqu’un médite sans nous.
Il est une méditation de paix qui ondule au cœur de celle que nous pratiquons.

Parfois, le méditant des profondeurs rencontre celui qui vient s’asseoir…

Dans la posture, inclure la non-posture. 
Ainsi, la non-posture cesse,
Et tout devient posture.

Avoir une posture tellement ouverte, tellement large que même les moments –furtifs, courts ou longs– de non-posture peuvent y être inclus.
Les plages de tensions ou de flottements cessent alors d’être des  instants erronés mais deviennent intégrés dans l’espace d’accueil.

La posture parfaite n’est plus une quête que nous poursuivons, un chemin semé de difficultés que constituent les douleurs et limitations physiques, les troubles et aléas de la concentration, les tentatives acharnées, les autoflagellations mentales ou les assoupissements chroniques.

La posture parfaite existe en dépit, ou en parallèle de ces imperfections.
Depuis cette posture intérieure, nous intégrons les différentes variables de la pratique de l’assise.
Cette pratique n’est plus une oscillation interminable entre les rendez-vous manqués, représentés par les difficultés listées plus haut d’une part, et les intervalles entre ces instants d’autre part.

Sous marine, elle affleure à la surface lorsque les bateaux de pêche se sont dissipées sous la brume. Sous les remous, lors des après midi de pêche obstinée, elle tapisse le fond marin. Heureuse et paisible, elle sourit aux pêcheurs ignorants et épuisés. Ils se prennent dans leurs propres filets à force de les lancer.
Le Royaume des Profondeurs émerge. Ce ne sont pas les filets qui le hissent à la surface.

Les pêcheurs viennent du rivage.
La posture-océan a déposé ce rivage.
Ils cherchent le poisson.
La posture-abondance nourrit sans efforts
Ceux qui cessent d’agiter les bras.

La posture parfaite est là, à chaque instant.

Elle observe nos égarements sans en être affectée pour autant.
C’est l’application, la manifestation posturale de la Nature-de-Bouddha: ce qui, en nous, est pétri de sagesse, ce qui observe, ce qui sait, ce qui attend.
Pleine de patience et de compassion, non-sujette au temps, que cela nous prenne mille vies rien n’affecte sa perfection.
La posture profonde est en nous, avec nous sur le coussin et dans nos vies quotidiennes.
Sa bonté est sans exception. Il n’est rien que le vide ne puisse accueillir.

Dans cette Posture-de-Bouddha, ‘tout est accompli’ et les errements sont absorbés, comme le grain de sable que l’océan fait rouler sous ses vagues matinales.

Franck Joseph


©FJ luillet 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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