Intravers Parallèles

Machine à Fumée

Le mental est une machine à fumée. Sans arrêt, il cherche à combler l’espace entre ce qui est, et ce que je voudrais qui soit.
Cette machine bruyante souffle son épaisse substance au travers de ce que nous percevons. Le souci est que nous finissons par ne plus y voir clair du tout. Totalement encerclés de fumée, nous commençons à la respirer.

L’intoxication s’aggrave alors puisque nous contribuons à lui donner chair. Nous sommes devenus notre propre machine à fumée.
La réalité est plus complexe car notre production personnelle de fumée se mélange avec ce qui se souffle depuis les machines à fumée des autres.
Rapidement, l’intoxication est exponentielle…

Il ne semble pas y avoir de processus inverse, permettant de faire rentrer cette production massive de particules à l’intérieur des ventilateurs qui l’ont propulsée.
L’enjeu consiste à identifier la fumée comme telle, ce qui n’est pas évident tant elle est omniprésente et  à lever la tête.
Il n’est pas aisé de percevoir la réalité sans ajout. A quoi peut ressembler la vie non stéroïdée par nos milliers de prismes empilés?

Comment harmoniser l’Intravers et l’Extravers? Les unir en Univers?
Et comment percevoir l’univers tant il n’est rien qui ne le constitue pas et nul objet qu’il ne constitue pas?

Ni ce que le monde offre à voir. L’Extravers.
Ni la racine même de nos frustrations. L’Introvers.


Parfait. Pas Re-Fait.

La machine à fumée, celle que l’on trouve sur scène, a pour rôle de combler, de gonfler, d’impressionner.
Elle donne l’impression au public qu’il se passe quelque chose plutôt que rien. Elle compense la fadeur harmonique ici ou la tristesse mélodique là par un subterfuge visuel…fumeux.
C’est souvent une diversion bon marché du médiocre abondant. Elle remplit la fonction de l’additif chimique vulgaire sur la friandise industrielle.
Il existe d’ailleurs une dépendance à ces effets.

Au premier degré: si le public a pour habitude de voir jaillir dans chaque concert des  flashs lumineux, et étouffer la scène dans un nuage de fumée, il sera forcément frustré si tel n’est pas le cas et aura le sentiment de ne pas en avoir eu pour son argent.
Le secteur événementiel fixe désormais la norme et la pratique des techniciens, nourrie par les retours du public tend à faire évoluer cette norme vers un accroissement de cet usage.

Au niveau symbolique: Le rôle qu’en nous joue le mental est assez similaire.
Un peu de filtres intermédiaires, une légère tendance à respirer  les vapeurs émotionnelles plus que de raison, et l’on aura tendance à fixer à ce stade la norme de remous psychologiques en deçà de laquelle on considérera qu’il ne se passe rien.

C’est très précisément le mécanisme qui se met en jeu puis entretient les pratiques de machine à café. La tendance au ragot, passive puis active, s’auto-entretient. Ensuite les besoins en ragots augmentent, jusque à un nouveau seuil, où, pour combler l’espace entre une réalité plate et un besoin de jacassements, avant même que l’on puisse s’en apercevoir, on fera tourner soi-même la machine à fumée: en inventant ce qui aurait très bien pu se passer.
Quand bien même cela ne s’est absolument jamais passé.

En nous, le médiocre est partout. Comment le transcender si nous ne pouvons dans un premier temps  le confronter, puis l’embrasser, enfin le laisser être?

Rien n’est plus joli, plus apaisant, plus harmonieux qu’un accord naturel, fait d’une tonique qui tend la main vers une quinte.
De leur amour et en leur sein, peut naître une tierce.
Que vouloir de plus?
D’ailleurs, le nom de cette famille le révèle: c’est un accord parfait.

Ce qu’il faut rajouter, combler encore et toujours, présente l’intérêt de remplir les livres, et les bancs de séances de formations, des master classes, d’entretenir le crépitement des discussions d’experts, de nourrir la vie mentale des élitistes.

Notre perception du monde est une analyse harmonique sans fin.
Mais c’est la musique qui importe. 
C’est une exégèse éternelle.
Quand la beauté du texte suffisait.

Cette démarche n’a de cesse de réécrire les pas de danses entre ligne mélodique et trame harmonique, alors que la musique est jouée depuis longtemps.
Un tel travers occulte totalement la musique qui se joue à l’heure où ces interminables discussions se tiennent.

Tout est parfait, que nous l’entendions ou pas.

La machine à fumée souffle bruyamment et crée des sensations de pacotille.
Bien plus qu’un divertissement, c’est une diversion.
(cf L’ Extinction au Programme)

La vraie sensation, celle de la musique pure et de la vie qui passe nous est inaccessible, alors nous comblons avec du bruit.
Bruit auditif, bruit olfactif, bruit visuel, ou bruit gustatif,  bruit tactile, parfois.
Bruit mental, toujours.

Cornflakes chimiques

Avez-vous déjà constaté la différence entre des cornflakes industriels et des céréales bio?

Lorsqu’une seule dose de ces dernières suffit à notre satiété, il nous faut remplir deux à trois fois notre bol de leurs corollaires transgéniques pour espérer un sentiment de remplissage vaguement nauséeux.

Le sucre. C’est le gros shoot de glucose qu’elles offrent. Il est beaucoup plus excitant de manger des céréales américaines, avec des tigres et des singes qui bondissent de paquet en paquet, que de goûter ces  flocons d’avoines tristounets, sortis d’un sachet en papier brun.

Indéniablement, le mental saupoudre des tigres et des singes sur nos réalités. Le shoot de sucre émotionnel qu’il diffuse ainsi est hautement addictif. Les expériences relues — parfois en quasi-simultané– par le mental ont la marque de l’enfance:
Immaturité, excitation paroxystique qui pousse l’enfant à ouvrir tous ses cadeaux en même temps le soir de Noël.

Parents, vous le savez: laissez les enfants jouer trop longtemps, sans distiller quelques appels au calme ici et là, donnera lieu aux premiers cris, puis, si l’on intervient toujours pas, ces cris se transformeront rapidement en pleurs.

Soyons notre propre parent, et par l’assise, appelons notre enfant-mental qui joue là-haut avec ses amis et s’excite, s’excite, jusqu’à ce que dispute et souffrances s’en suivent.
Allons voir ce qui s’y passe et proposons une ballade au parc.

Tous accrocs: Nouvelle Saison Disponible

Il est vrai que nous sommes tous accrochés à ce mental. L’expérience qu’il nous donne à vivre est hautement addictive.
Consentants, c’est notre addiction émotionnelle qui nous entretient alors dans ces intravers–ces univers intérieurs–parallèles.

Admettons-le. En effet, pour que l’addiction puisse connaître une fin, il faut que nous saisissions notre intérêt à y mettre effectivement fin.
Il est nécessaire que le tourbillon émotionnel soit perçu dans son ensemble et non plus depuis le haut de la courbe d’excitation sur laquelle nous le traversons.
Ces relectures sempiternelles de nos expériences, ces souffrances, ces questionnements fébriles sont délicieux. C’est à cette exquise amertume que nous sommes dépendants.
Au détour d’une fraction de seconde, il peut être donné de percevoir que là n’est pas tout.

(Tout est Souffrance. Joie du Bouddhisme.)

C’est cette addiction qui nous conduit vers les produits de substitution. Lorsque nous ne pouvons pas l’assouvir, de par la configuration de nos vies, la tranquillité de notre quotidien, ou du fait de notre manque d’imagination ou de créativité…nous nous trouvons en situation de frustration.
Il nous faut trouver un dealer d’émotion. C’est ce que la plupart des produits et activités culturelles offrent à profusion: une jouissance par procuration, un palliatif.
La satisfaction est suffisante pour tenir jusqu’à la prochaine dose.

L’ensemble des produits d’émanation de la pop culture relève de la sphère du mental.
Les histoires des autres se déroulent à longueur de film, chansons et proposent ainsi toute une palette de filtres à placer sur nos expériences. Ils sont autant de grilles d’interprétation du réel à disposition.
La question que l’on promène partout avec nous, une fois armés de ces outils de décodage est la suivante:

En quoi mon expérience cadre-t-elle–ou non– avec les mots que les autres ont placés sur les leurs?
Ce sont, bien sûr, de formidables outils de compréhension. Ils constituent une sorte de big data émotionnel nous permettant de trouver un écho à nos expériences dans le grand serveur des expériences des autres.
Cependant, il convient de s’en extraire car la tendance à la surimposition d’une multiplicité de filtres d’interprétation inhibe totalement la fluidité du contenu du moment.
Nous figeons artificiellement (mentalement) ce moment de manière à pouvoir le catégoriser dans telle ou telle boite à attitudes.

La nouvelle saison, celle qui délivre les épisodes expliquant toute la série, ne se joue pas à la télévision.
Elle est disponible gratuitement et depuis toujours, sans restriction d’âge, le jour comme la nuit.
C’est l’expérience totale, au delà de toutes les promesses technologiques. A la fois auteur, spectateur, acteur, critique et producteur.
Il appartient à chacun de parcourir ainsi les mondes.
Bien inutile celui qui prêterait ses mots.

Franck

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s