Nuages et Conséquences

J’appelle ici ‘problème’ toute préoccupation mentale.
Le problème malotru s’invite la nuit.

Entre deux innocentes tranches de sommeil fait irruption une phase d’éveil. La pesanteur des mondes de la nuit nous appelle encore et il suffirait d’un rien pour que nous y sombrions de nouveau jusqu’au matin rivage.
Mais le rien ne se produit pas. Alors que nous l’attendons bêtement, le voilà soufflé dans les sommets inaccessibles par la détonation du ‘problème’.
Il était là, sous jacent, énorme…et nous ne le voyions pas. Il déchire subitement la douce mousseline du rêve évanescent et déverse son acide malgré nous, faisant fuir la paix, éloignant le repos.

Ce problème emplit tout. L’ensemble des processus mentaux est réduit au silence devant tant d’outrance. Il occupe tout l’espace.
Obsédé par son existence, il ne parle que de lui.

Préoccupation, oui.
Objet de préoccupation, non
.

Le problème n’existe pas.
C’est la caisse de résonance que nous lui offrons qui lui donne sa densité.

Qu’y a-t-il vraiment dans la réalité? Des faits qui sont ce qu’ils sont, sans être chargés de ce qui en fait un problème à mon esprit.

Comme des feuilles que le vent a déposées dans mon jardin. Elles sont là parce que c’est le résultat du chemin qu’elles ont parcouru. Elles sont là parce qu’elles sont là.
Les faits sont les faits. Mais à la lumière d’un certain angle, à la faveur d’une certaine disposition d’esprit, celui-ci les lira depuis son insécurité, celui-là les appréciera depuis son hypersensibilité.

Alors, les faits se densifient et prennent corps sous nos yeux.
Pour certains la lumière est particule, pour d’autres elle est une onde.
Dans les faits, la lumière est.
Dans le cas d’un problème, c’est notre observation, notre perception qui transforme une conjoncture de faits, un problème perçu depuis notre structure.

Le structurel ne peut apprécier le conjoncturel.
Toujours, il cherchera à le structuraliser.

Conjoncture: le ‘problème’ est un série de nuages dans le ciel, à un instant donné.
Sous un certain angle et dans une certaine lumière, l’un y verra un ours, l’autre un iguane.

Pourtant, il s’agit simplement d’un nuage, d’un amas de choses vaporeuses qui sous une certaine forme reçoit le nom de nuage.
Pour le ‘nuage’ et ce qui relève de son monde, que nous l’appelions ainsi ou autrement, que l’on y voit un ours ou un iguane, ne change rien à ce qu’il est et sera…ni ours, ni iguane, ni nuage.
Quel que soit le nom que nous lui donnions, cela ne change rien à ce qu’il n’est pas.

La nature des faits– nature qui n’existe pas–s’exprime en dépit de nos placardages conceptuels malhabiles.
Pour les faits de l’instant que nous appelons ‘problèmes’ ou qui génèrent ou stimulent tel ou tel comportement chez nous…cela ne change rien que nous les appelions ainsi.

Nous n’avons pas prise sur la nature intrinsèque de leur réalité. Il faut continuer à questionner, jusqu’à remettre en cause l’existence de cette ‘nature intrinsèque’, et de cette ‘réalité’. Il ne semble pas qu’elle ait un jour existé en dehors de nos filets.

Filets que nous jetons pour attraper des choses et en faire des concepts, des idées, des pensées, des problèmes…
Une fois prise ainsi dans le mailles de nos cerveaux, la réalité disparaît et ne reste qu’un amas nécrosé que j’appelle idée, problème, nuage, femme, travail, enfants, pays, idéal, opinion, parent, devoir, identité, personnalité, moi, toi, nous, eux, dojo, impur, incapable, dieu, livre, ….

Il n’est aucun des mots qui ne puisse trouver sa place dans cette liste
Exhaustive, pourtant. puisqu’un jour elle s’achève.
les dictionnaires, de toutes les langues.
Evaporés.

Comme la photographie est une capture toujours partielle d’un instant passé, le problème est une capture partielle d’une disposition des faits dans la grande toile de l’espace-temps.

Il y a une arrogance qui consiste à penser que nous pouvons appréhender telle ou telle disposition factuelle à la hauteur de ce que nous sommes.

L’ignorance consiste à croire sincèrement avoir suffisamment de profondeur de champ, de largeur de cadre pour pouvoir comprendre quoi que ce soit à quoi que ce soit.
D’où cette situation vient, ce qu’elle signifie, où elle va…

Mieux vaut ne pas savoir tant ces paramètres sont, en fait, infinis.

Franck

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