La Gangrène et les Morts

Bon. En voilà un titre violent: « la gangrène et les morts ».
Faut-il que je le police ?

Et comment ferais-je alors pour accrocher le regard d’un lecteur occupé lambda au milieu de la rivière folle des articles en page d’accueil ?
De toute façon, un titre ne sert à rien. Preuve en est le nombre de liens vers des articles sur lesquels nous cliquons, puis que nous commençons à lire, avant de nous apercevoir que le contenu n’est que très vaguement lié au titre dont la seule vertu était de nous draguer vers une page souvent insipide, toujours commerciale.

C’est un artifice, une étiquette qui donne un semblant de cohésion à un succession de mots.

Inutile de chercher à faire illusion : la succession de mots que voici n’a pas de cohésion. Elle est un libre prolongement des trois ou quatre lignes griffonnées un soir sur un carnet et n’a pas d’autre prétention que de faire émerger un îlot de satisfaction et de divertissement à l’océan d’oisiveté de leur auteur.

Ce contentement sera largement amplifié si un chevaleresque lecteur ou une damoiselle lectrice savait s’y atteler le temps d’un thé encore fumant.
Afin de favoriser cet effet, je maintiens cette cause.

« La gangrène et les morts », c’est très tendance. Du moins, c’est l’impression que j’en retire à observer les titres et synopsis de séries télévisées lorsque, sur la page d’accueil de mon pourvoyeur préféré, elles s’alignent en armée organisée.

Qu’y vois-je ?
Zombies et têtes ensanglantées, en ribambelles dégoulinantes….et l’interdiction aux moins de 16 ans comme le format le plus répandu.

Je ne suis certainement pas de ceux qui se pensent trop vertueux pour fréquenter un instant le système.
Pourquoi n’aurais-je pas, moi aussi, mon droit au surf sur la vague de sang ?
« La gangrène et les morts » : je persiste et signe.

Ne pouvant souffrir le risque d’un propos liminaire plus important en volume que le restant de l’article, je me dois d’interrompre ici cette jonglerie sans quilles.
Voici donc ce qui, initialement, devait constituer le début de ce post :


(et merci à ceux qui, faute de lien plus séduisant sur le chemin ou par curiosité, n’ont pas déserté. Recentrons-nos sur les thématiques de ce blog: pratique de la méditation, spiritualité, zen…– le tout dans une grande liberté de ton. )


Il est quand même surprenant que si peu de personnes soient interpellées par le décalage entre la liberté et la joie qui transpirent des paroles de Jésus d’une part, et la soporifique sclérose des systèmes mis en place pour représenter officiellement son école spirituelle, d’autre part.

Ce décalage est si évident à mes yeux, si hurlant à mes oreilles, que je m’insurge (contre le vent) que si peu de paires d’organes sensoriels ne le constatent ?

J’anglicise mon propos et digresse en drift un instant :
Pourquoi faut-il toujours que la majorité se fourvoie ?

Ce n’est absolument pas l’expression d’un quelconque snobisme, mais un désarroi profond, un désarmement radical qui déplore la multiplicité des exemples de ce déséquilibre et s’efforce inutilement de ne pas parvenir au constat d’inconciliabilité entre les deux maillons non imbriqués du  « bien » de la « majorité« .

Il semble que, quelle que soit la sphère d’application que nous envisagions, la majorité, par sa nature même, s’obstine à ignorer son intérêt.
Ceci s’observe au niveau politique (en ce début 2018, les exemples pullulent), mais aussi dans le domaine artistique (culture pop).

Attardons-nous quelques lignes sur cet aspect d’abrutissement généralisé. Celui-ci s’est tellement banalisé qu’il n’est pas pertinent de faire l’économie d’un énième rappel à l’anormalité de la norme.

Il est vrai qu’ avec l’abaissement du niveau psycho-socio-culturel, augmente automatiquement la porosité au contenu visqueux des mass média.
La conséquence en est la perméabilité aux mécaniques marchandes et aux artifices du marketing… L’  »intérêt’ (le bien) de la majorité n’est alors absolument plus l’objectif visé, on lui préférera l’intérêt strictement financier d’une minorité (sous couvert d’un vernis démocratique de « réponse à la demande » alors qu’il ne s’agit que d’un totalitarisme de l’offre).

Il n’en va pas différemment des sphères spirituelles.
Quelle que soient les traditions envisagées, nous constaterons toujours une main-mise de la minorité théologisante, sur une minorité croyante. La première clamant œuvrer dans l’intérêt de la seconde, quand, en réalité, elle s’applique à l’entretien du système assurant son emprise.
Bien qu’enduit de spiritualité, ne nous trompons pas: il ne s’agit de rien d’autre que de politique.

Reste à déplorer l’engouffrement massif des agneaux derrière les murs de l’abattoir, savamment étiqueté « Enclos de Bien-Etre » en façade.
(Au passage, convaincue à la fois par l’ampleur de son effectif, et par la stupide confiance que lui donne les œillères, il n’est pas (encore) interdit de noter que le claironnement bruyant de cette chair à saucisse me laisse souvent pantois.)

Revenons-en à l’exemple à portée de regard.
Le christianisme, une fois perçu comme tentative de récupération politique (fait historique avéré, cf Constantin, puis divers conciles, ….) perd son emprise sur les esprits. Cette démarche drapée dans la ferveur artificielle et l’infantilisme de ses objectifs n’a d’autre intérêt que de contenir ou d’amputer cette liberté.

La technicisation puérile (à la fois dans son ingénierie et dans l’acharnement à l’affirmation) délivrée par les voix officielles peut être assimilée à l’homme dont la blessure gangrène et dont, après amputation, on ne garderait que le membre putride en jetant la partie saine.

Du fond de l’âme, la graine persiste à pousser.
Elle ne peut être atteinte par les tonnes de déchets.
Même si la terre est perméable, même si les racines pourrissent, 
La graine irradie en amont des matières.

Franck Joseph

©FJ May 2018

Articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

Article en lien : Politique ou Spirituel?

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