Rassemblez-vous (partie 2 : Action)

Cet article fait suite à : Dispersez-vous !? (partie 1 : Agitation)


Le recueillement de l’assise tend vers l’opposé : le rassemblement, le remembrement.
En réalité, il n’y a pas de dispersion en tant que tel. Elle est le non-rassemblement livré à sa propre anarchie, à l’entraînement de ses rouages.
Sur le coussin, le non-rassemblement n’a plus lieu d’être. La télévision intérieure cesse de nous harponner par ses incitations à tout-va.

Le cosmos s’exprime alors au travers de la posture.
Sans aucun souci, le cosmos intègre l’entropie.

De la même manière, le rassemblement dont nous parlions pourrait être voué à l’échec, puisque quel que soit le déroulement de cette entreprise d’organisation des énergies, elle se solde par la mort de l’individu.
L’entropie n’est qu’un mouvement du cosmos.
Et quel genre d’univers paniquerait à la disparition d’une comète ?

Sans aucun souci, la posture intègre la mort.

Elle élargit les spectres et fait fi du cadre d’observation usuel : l’individu passe sa vie à craindre la mort, d’une manière ou d’une autre, en s’adonnant à l’une ou l’autre des formes de dispersions citées dans l’article précédant, ou en les déclinant selon sa créativité personnelle.

Le pratiquant qui respire en nous, ne voit plus midi à sa porte. C’est à dire que, tel un passager en attente dans un aéroport, il perçoit simultanément les cadrans de toutes les horloges accrochées au mur et indiquant l’heure dans les différents pays desservis.

La question de la mort est à ses yeux aussi saugrenue que si, face au mur d’horloges, on lui demandait: « Quelle heure est-il ? »
Il est toutes les heures. Il n’est aucune heure vraiment.

Passagers de nos vies, cependant, il nous faut bien prendre un vol.
Comme n’importe quel autre touriste, nous prenons l’avion pour une destination connue, mais elle ne fait plus l’objet de projections fiévreuses.

Quelle serait le comportement d’un passager du vol sachant que l’avion, une fois posé devra forcément se désintégrer ?
Il s’éparpillera dans les mille détails qu’offre le voyage: les toilettes, les films, la musique, les repas, les discussions avec tous les passagers, il convoitera les sourires des hôtesses de l’air, il se prendra pour un pilote mieux informé…

Cet état de dispersion est le notre lorsque nous montons à bord de notre quotidien.
Pouvons-nous cesser de nous intéresser à notre horloge et aux horloges en général ?

La dispersion que nous expérimentons nous empêche l’accès à l’action, à la relation à l’autre.

La compassion n’est possible qu’après le rassemblement. La méchanceté, qu’elle soit grossière ou ingénieuse, est toujours le fruit de la dispersion.

La dispersion engendre la non-disponibilité et l’étouffement intérieur. Ainsi, dans cet esprit de dispersion, aucune compassion ne peut s’exprimer, du simple fait que l’étape première à la compassion est toujours la disponibilité.

Cette dichotomie dispersion/rassemblement peut aussi être abordée par une autre paire d’outils, qui reflète la conséquence directe de la position que nous occuperons sur le spectre dispersion- rassemblement : c’est celui d’espace – étroitesse.

Il s’agit de la même logique, saisie un étape en aval de la première.

C’est à ce second niveau qu’opèrent les procédés de pleine conscience.
Par induction, ils peuvent ouvrir sur les dynamiques premières abordées ici.
Par déduction, ils transforment le rapport au monde.

Ces lignes, elles mêmes dispersées, ne peuvent s’organiser et prendre sens que si elles s’orientent vers une approche plus fluide de la réalité et proposent une perspective d’évolution des prismes par lesquels nous percevons l’autre.

Peut-on se poser la question de savoir comment nous abordons le monde ?

La force de rassemblement est la densité du rocher sur lequel je m’appuie et depuis lequel j’observe le monde.
La force de dispersion est l’absence entretenue de support. Une mousseline toujours évanescente au travers de laquelle je m’effondre inéluctablement.

Le rassemblement crée l’action
La dispersion crée l’agitation.

Le monde contemporain favorise l’agitation et la dénomme « action ».
A l’action investie de conscience, il privilégie l’éparpillement dans les formes.

Dispersion-étroitesse-animosité
Rassemblement-espace-compassion

Franck

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