La Souffrance en Replay

Alors qu’il assistait une fois encore à cette scène, il attendit que le flux de paroles vienne à s’épuiser, mais les mots tombaient en couperets aiguisés. Ils entaillaient toujours davantage le visage de l’enfant et laceraient les champs de son cœur en sillons de souffrance.

Il le prit par la main. Surpris, il se tût. Laissant l’enfant là, il emmena doucement son parent dans le couloir et lui dit :

 » Écoute, nous n’avons plus de temps à perdre :

En repoussant quelqu’un, tu te mets dans la peau de celle qui t’a un jour repoussé.
C’est la scène de souffrance que tu as vécue que tu fais aujourd’hui vivre à l’autre.

Tu choisis par facilité, par habitude, par ignorance, de reproduire dans les yeux de l’enfant l’incompréhension qu’il y avait dans ton regard quand elle t’a repoussé.

L’instant où tu subissais cette incompréhension, tu le remanies aujourd’hui de telle sorte que tu deviens celui qui cause le désarroi chez l’autre.

La profonde déception que tu plantes dans son regard, il ne pourra l’oublier, et tu le sais, puisque c’est cette même solitude qui te guide.

Mais le plaisir malsain que tu éprouves à être du coté du pouvoir est plus fort que tout.

Tu tiens l’autre au collier, aussi penses-tu maîtriser la situation qui, autrefois, t’echappait.

Il s’agit pourtant d’une illusion. Le désespoir est toujours à ton coté.

Cette tentative de réappropriation pour inverser les rôles est desespérée.

Si tu agis ainsi, c’est que tu n’as trouvé aucune alternative, ou que celle-ci n’a pas eu le temps de se glisser dans ton schéma comportemental, tant il est dense, irrespirable, mécaniquement défensif.

Arrete-toi donc dans ton enchaînement conditionné. C’est la perspective que je souhaite t’offrir par ces mots.
Regarde-toi agir comme elle qui te rejetait ou comme lui qui hurlait par-dessus tout.

Tu te souviens encore de l’effet fracassant que cela avait sur tes structures interieures, n’est-ce pas ?

La prostration et l’isolement que tu ressentais face à ces réactions, celle-la même qui te faisait tressaillir, voilà ce que tu perpétues.

Tu étais alors aussi démuni qu’on pouvait l’être. C’est cela que tu crées, cela que tu détruis chez l’enfant qui se trouve devant toi.

Rompre la chaîne de non-conscience, c’est lui offrir l’opportunité de ne pas endosser ton rôle dans le futur.
Il n’aura pas à revêtir tes frustrations, ni à chercher à être toi pour comprendre, pour avoir prise sur la situation qui chamboule tout en lui. Il ne prolongera pas la chaîne de l’isolement.

Le cadeau que tu fais au fils de ton fils, tu le fais aussi ce matin à ceux qui ont glacé ton sang dans le passé.
En cessant de perpétrer, tu offres à l’autre la possibilité de déconstruire les liens mortifères noués dans le passé. »

Franck Joseph

©FJ July 2018

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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