De Retour des Terres Inférieures

Les êtres qui peuplent les mondes inférieurs
S’infligent les plus terribles des souffrances.

La violence explosive des lames qu’ils déploient
Pour se trancher la gorge ou s’éventrer l’un l’autre
Brasse l’air d’une sauvagerie effrénée.
Mus par une soif de sang, un besoin viscéral de conflit,
Ils démembrent également les êtres intermédiaires.


Assis sur les rochers, Mathieu voyait cette chair à conflit se laisser broyer encore, encore, encore.

Les bêtes se répondent en hurlements et tournent ainsi dans les royaumes sans solution.

Les êtres intermédiaires, pour leur part, y sont à moitié présents. Ils n’impriment pas le paysage avec la même intensité. Pour des raisons lointaines, ils sont encore liés aux douleurs de ceux qui répandent le feu et le sang.

Mathieu s’est ainsi perçu, dans un passé tout proche, souffrir la bêtise et la furieuse nature des amputations gratuites et des forages de poitrine qui ne préviennent pas.

Au milieu de cette douleur, il comprenait que si ce monde de souffrance avait été le sien, ce mode d’existence ne l’était plus vraiment.

L’inertie qu’il avait alors ressentie était sans commune mesure avec d’autres situations de blocage ponctuelles qu’il avait pu rencontrer auparavant.

Il ferma les yeux et comprit qu’il ne pouvait rien pour les êtres de ces terres ni pour lui-même. Tant qu’il était encore sujet à ces présences intermédiaires, il continuerait de prendre dans l’estomac les boulets de roche qui passent et la souffrance qui en résulte le maintiendrait dans cet état de choc, le rendant incapable d’action.

Peut-être avait-il sous-estimé la puissance de maturation qui ouvrait sur cette prise de conscience ?
Peut-être était-elle déjà le fruit d’un apport de compassion…

En demandant de l’aide ce soir-là, en actant son désœuvrement, il avait enfin ouvert les portes de l’évolution.

Le passage des valvules qui garantissent le non-retour peut se pressentir.
Des effluves, des effets de seuil…
Au milieu des flux, des vents, du marasme, ces valvules sont invisibles.

Matthieu n’ignorait plus qu’il s’était tenu à proximité du passage.

Sur le rocher, au matin de sa naissance, en joignant les mains, il remercia les êtres de compassion d’avoir étendu leur souffle jusqu’aux terres de solitude.

Franck J.

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