Épuiser les Langues de Feu

Longtemps, il avait pensé être malgré lui l’oxygène qui permettait l’embrasement de la colère chez l’autre.
Une petite flamme y suffisait. Il se retrouvait alors pétrifié et contemplait les montagnes de feu s’ériger devant ses yeux et fondre ses tympans, à mesure qu’il se consumait.

Avec le temps, Walter avait apprivoisé le feu.
De temps en temps, il se brûlait ; il l’observait de si près.
Mais l’état de douleur qui résultait de cette familiarisation lui était devenu si habituel qu’il ne la percevait plus  avec la même acuité.
De pic poignardant, elle s’était muée en lourdeur lancinante.
De cette étonnante habituation, il avait développé au fil des années une expertise inattendue lui permettant de faire les constats suivants :

  • Ce n’est pas parce qu’il cessait de respirer jusqu’à se soustraire totalement à la situation d’embrasement que ce phénomène s’apaisait pour autant.
    La colère a horreur du vide. Elle sait tirer l’oxygène nécessaire à son expression d’une multitude de situations apparemment anoxiques.
  • N’étant qu’une cause substituable au déclenchement d’un phénomène de débordement, dont le propre est de chercher sa forme parmi les évènements à proximité, de manière à pouvoir exister, il avait cessé de vouloir agencer au mieux les conditions pour ne pas déclencher la prise de forme du monstre à langues de feu.
    Ceci n’a aucun impact sur les remontées de fond de cuve que prendront toujours telle ou telle forme — ce qui, d’ailleurs donnait lieu à des situations saugrenues où la disproportion entre la manifestation rageuse et l’évènement évoqué comme cause pouvait laisser sans voix un observateur non conscient du processus auto généré.N’étant plus une partie du problème, il devenait libre de travailler à une solution. en lui, il pouvait commencer à élargir l’espace, à offrir à l’autre l’espace qui lui manque. Celui-là même qui saurait voir s’affaiblir les jets de flammes jusqu’à leur épuisement.
    L’espace qui manque, au delà de l’être étriqué, il le cultivait en lui. 

    Un seul geste, une double offrande,
    A lui même et au monde.

Franck J.

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