« Trop de bonheur pour être heureuse ? »

Alors qu’elle arpentait le parc d’un pas lent et habité, Julie baignait dans un contentement rare.
Sous chacun de ses pas, le sol présentait un socle où sa joie simple d’exister pouvait se laisser dérouler sans effort.

Soudain, en son esprit se glissa une impression d’indécence face à tant de bonheur naissant qu’aucun contexte rationnel n’eut suffi à justifier.

Cette brêche impromptue permit à d’autres images de s’engouffrer.
Les fentes d’innocences furent vites comblées.
Le parfait exemple pour contrebalancer tant d’exaltation naturelle s’invita dans ce moment béni avec cet arrière goût familier du rappel à l’ordre triste.

C’est ainsi qu’elle pensa au monde professionnel, qui à ses yeux s’acharnait à la circonscrire à des espaces irrespirables, en dépit des milliers de cycles respiratoires qu’elle avait pu insuffler pour élargir les murs. Leur nature était de broyer.

Une tournure populaire veut que certains individus se montrent « trop gentils pour être honnêtes ».

A l’appréciation que ces idées laissaient infuser en elle, et d’une manière assez parallèle, elle se dit à cet instant qu’elle-même était trop contemplative pour être heureuse.

L’honnêteté, si l’on creuse la formule, est censée inclure une dose minimale de méchanceté ou d’intérêt personnel, ne serait-ce qu’une once homéopathique pour certifier du réalisme qui se tapit derrière cette honnêteté.

Ainsi, pour qu’un bonheur puisse s’implanter de façon homogène et crédible dans ce monde il fallait qu’il présente un équilibre contemplation/action.
Julie comprit que ce n’était pas au pôle action qu’elle rechignait de s’adonner, mais au paradigme des modalités d’expression de l’action.

En clair : ne pas être que contemplative, d’accord, mais agir sans servir ces cadres contraignants du travail servile.

Il n’était plus nécessaire de souligner à ses yeux que la contemplation peut être active en ce sens qu’elle participe activement à la création du monde.

En revanche, le pendant de cette découverte assimilée de longue date restait encore à éprouver.
Comment rendre l’action contemplative ? Comment travailler a créé le monde et en ressentir la beauté pénétrer chacune des fibres de son corps comme elle le faisait alors qu’en cette fin d’après-midi elle traversait le parc sans but ?

Il lui apparaissait clairement qu’elle devait se soustraire aux codes diffus et profondément ancrés de l’oppression : ceux qui parcouraient, telles vdes artères diffusant un agent sclérosant, le monde professionnel qu’elle avait toujours connu et cherché sans succès à fuir.

Il lui fallait transcender ces codes car toute tentative de destruction renforçait indubitablement le pouvoir en place et ne détruisait personne d’autre qu’elle.

C’est dans la contemplation qu’elle nourrirait l’action.
C’est dans la méditation qu’elle œuvrerait à pivoter son esprit pour illuminer le monde qu’elle traverse.

Elle arpentait les paysages de ses pas de sagesse avant de rencontrer ceux qui la croiseront.

Tant qu’il y a des regards à croiser, il y a des paysages de paix à refléter.

Franck J.

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