L’Algorithme est le Rythme de l’Ego

L’algorithme mesure notre prévisibilité. Il jauge notre propension à adopter tel ou tel comportement ou à adhérer à un certain type de croyances.

Ceci est une information bien plus dangereuse que la somme des données concernant précisément notre profil. En soi, cette dernière est une glaise crétine. Impressionnante mais demeurée.
Cette somme d’information en tas est stupide. Elle est la forme post-moderne des réponses sans fin que l’accumulation donne aux frayeurs.
En revanche, c’est la forme que sauront lui faire prendre les sculpteurs forcenés des mondes à venir qui interroge sérieusement.

La mesure de l’imminence du tipping point dans notre comportement est bien plus inquiétante.
Il s’agit de savoir avec une effroyable précision quand nous allons céder et devenir ce que l’on veut que nous devenions, ‘est à dire, ce qui sert l’intérêt de certains.

En faisant de cette possible bascule un constat arithmétique, elle agence  simultanément dans la colonne d’en face une stratégie optimale, calibrée pour nous faire adhérer au paquet de croyances souhaité (dans le cas du marketing politique, cf. Cambridge Analytica) ou pour nous faire acheter le paquet de lessive (cf. La récolte pluri-quotidienne des champs d’espace de « cerveaux disponibles », savamment arrosés de reality TV, de soap, et traités par pulvérisation aux séries US contre la liberté de se comporter en dehors des sillons pré-tracés).

L’échelle monstrueuse des données brassées par ces acteurs au niveau planétaire vise à réduire toujours davantage la marge d’erreur, pour eux, ou de créativité et de liberté, pour nous.

Les logiques de quantification dénotent un désenchantement sévère.
Même là surprise se prévoit et l’inattendu se mesure.


Nous sommes la grenouille qui trouve que le spa, c’est vachement sympa.

Elle ignore que d’ici peu, elle sera prise au piège dans sa marmite de plaisir.
Et comme la grenouille cuisinée par Google et ses commis, nous mijotons dans notre marmite et jouissons d’une toute puissance étriquée :

-Aimer, suivre, troller, ne plus suivre, commenter, voter, tout voir en replay, en streaming, jouir en continu depuis les écrans de contrôle de la vie fantasmée des autres.

Nous sommes la grenouille qui bout vers sa mort en regardant des milliers d’autres grenouilles profiter de leur spa.
Et sur les murs métalliques de l’arrière-cuisine, nous pouvons lire l’adage des commis :
« Si ta nourriture est gratuite, c’est que le menu….c’est toi. »


En regardant ces évolutions aussi largement applaudies avec l’œil médusé du poète, elles ont toute la froideur et la rigueur des totalitarismes.

La beauté a déserté ce monde et le poète est un observateur dissident.

L’algorithme est le rythme de l’égo.
L’ensemble des données qu’il peut attraper relève de la sphère du mental, des identités de surface et de leur expression plus ou moins pathologique.

Par nature, l’algorithme ne peut rien sur notre vrai nature.
Cette nature regarde l’algorithme comme la bête immonde,  fruit des infections inoculées par les données qu’elle ingurgite avant de les engendrer de nouveau.

À force de gonfler, l’algorithme veut se faire aussi gros que l’égo et brasse toujours plus de variables futiles.
Comptable et stérile comme l’égo, il ne peut rien pour nous.
Il est temps alors de couper les écrans, un à un et de ne plus laisser les tentacules enlacer nos cerveaux jusque dans nos salons.
Quitter les croyances et la cour de promenade pour prisonniers.

Notre nature est vaste, elle finira par noyer les chiffres.

Franck J.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s