Walter dans le Métro

Dans le métro, ballotté de gauche à droite à la faveur des départs et arrêts et d’avant en arrière, au gré des gens qui poussent ou ceux qui s’en vont…

Sans warning, Walter fut pris d’un élan d’humanité.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’était pas prêt.
Il avait encore en mémoire ces longs trajets de tunnels, secoué, piétiné, empesté, et l’atmosphère diffuse d’agressivité qui planait dans ces wagons engouffrés.
Celle de l’environnement, de la cruauté rauque de l’anonymat, et celle qu’en retour il convenait de suspendre à son regard, comme un avertissement préventif en cas de franchissement des barrières d’intimité.

Certes, c’était il y a 20 ans… Mais alors qu’il descendit de nouveau les marches, l’odeur de tabac froid mélangée à celle d’une humidité sale, l’informa que, pour ce qui était des infrastructures, rien n’avait changé.

Quelques pas plus loin le long du quai, et les errements d’adolescents laconiques ou d’adultes sur-pressés, en plein tournage du film de leur vie rêvé de businessman, les demi cris d’individus brutalement désocialisés revenus hanter étudiants et professionnels, affichant ainsi le pire cauchemar de l’un et de l’autre, achevèrent de prouver à Walter que strictement rien n’avait changé depuis ce temps.

Il constata pourtant que son positionnement intérieur, était tout autre. Il recevait toujours les signaux envoyés par cette masse coagulée derrière les vitres, mais ceux ci lui apparurent plus distant. Et l’agressivité dont il avait tant souffert était toujours présente, mais elle se révéla considérablement émoussée. Elle avait cessé d’être la caractéristique principale qui émanait de cette expérience de percée dans l’obscure ventre urbain.

Ces gens bigarrés, le visage éclairé par leur biberon digital, lui parlaient tous, communément et individuellement de souffrance. Il fut d’abord touché de manière compacte et indifférencié par la souffrance de ces personnes.
Puis il glissa sous la surface et recevait la souffrance de chacun des individus. Une mer de souffrance identique qu’ils transpiraient tous à leur manière.

A la différence de l’agressivité d’alors qui excellait à cacher la souffrance d’aujourd’hui, il n’avait pas à la subir, ni à s’en protéger.
Ce qui était menacé, n’ est plus vraiment, il ne risquait pas d’en souffrir à son tour.
Il la comprenait directement, par une vue d’ensemble non étiquetée.
Il ne la compartimentait pas selon que ses origines soient d’ordre psychologique, social, professionnel, sentimental, physique, culturelle…
Une souffrance qui est souvent telle qu’elle s’ignore.

Dans le métro matinal, Walter vit la cour des miracles…
Précisément un ensemble de gens, là, devant ses yeux et sous son nez, tous à court de miracles, tous en urgence d’amour, voilà ce qu’il ressentit à cet instant.
Un désemparement ontologique, une détresse psychologique dont la fin de se laissait voir.


Il réalisa la distance qu’il avait su mettre entre lui et les bombardements confus du monde.
Une distance sereine qu’une carte ne saurait répertorier.

Cette distance permet le rapprochement et la vision profonde, sans effort.
Elle ouvre à l’accueil de ce qui est vraiment, par delà les masques superposés des autres et de soi.
Elle se cultive dans le silence, lorsque je jardinier n’est pas trop occupé à regarder ce qui se plante au travers de ces mains.
Elle pousse alors même qu’il est simplement assis sur son coussin d’herbe.

Tellement loin du silence,
et le métro qui file si vite vers le bruit.

Ici, là, une minute ou une heure
Il ne pouvait offrir que la paix de son cœur 

 

Franck Joseph


©FJ sept 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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2 commentaires

  1. Bonjour j’aime ton texte, il m’ rappelé combien je détestais le métro, il y a deux ans j’ai du me rendre à Paris souvent, et je t’assure que l’odeur du métro m’est revenu dans les narines, comme il y a , oserais le dire 50 ans, je pense que je ne pourrais plus vivre en ville, où alors dans les beaux quartiers, mon quartier à moi c’était la Porte de la Vilette pas vraiment bourgeois… mais ma rue était un village… bonne fin de journée Amicalement MTH

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