« Le monde n’existe pas » ?

Il y a une différence entre ces deux énoncés que l’on rencontre souvent dans les lectures dites spirituelles et que l’on comprend néanmoins comme équivalents.

Énoncé A: Le monde n’existe pas
Énoncé B: Le monde que l’on voit n’existe pas.


L’irréalité s’applique au prisme de perception.
Le monde perçu n’est pas le monde. Il n’est pas non plus « presque » le monde. Les perceptions sont à la fois sensorielles et mentales. Les différentes perceptions sensorielles sont bien connues des lecteurs familiers des documentaires animaliers.
Le chat, le poisson, la vache ou l’homme, lorsqu’ils traversent un champ, il traversent tous un champ perçu de manière différente. On pourrait alors dire qu’ils traversent un champ différent. Cependant le champ est le champ.

Idem pour ce qui attrait à l’ouïe du loup et de l’homme.
Les expériences de l’environnement sont toutes variables, toutes appréhendés à la hauteur du sujet de l’expérience.

A quel titre la perception de l’homme serait-elle le centre de référence en vertu duquel on jugerait du degré de distorsion des perception des autres ?
Au titre de anthropocentrisme, de l’arrogance, de l’ignorance. Voilà la réponse.

Pour ce qui est des perceptions mentales, les variations d’un homme à l’autre sont aussi éloignées que les représentations des deux champs que traversent l’homme et le chat.
Le vécu émotionnel, et les agencements psychologiques conditionnés par une expérience précise seront différents en fonction des sensibilités conjoncturelles (état du moment) et structurelles (constitutives) de chacun.

La situation de mise en concurrence professionnelle peut être un stimulant pour l’un, un facteur anxiogène pour l’autre. Idem pour le mot prononcé dans une discussion qui chamboulera l’une pendant que l’autre ne le relèvera même pas.
Ainsi, le monde que nous percevons est une monde fabriqué. il « n’existe pas » ne signifie pas qu’il n’a pas de réalité, mais qu’il n’existe pas de la façon dont nous le percevons.

Avant même de se poser la question de voir le monde tel qu’il est, il est primordial d’arrêter la machine à percevoir. Les perceptions s’affaiblissent dès lors qu’elles ne sont plus alimentées par des objets, d’où l’importance de méditer dans le silence, face au mur, comme dans le zen soto, immobile et non esclave de défilements mentaux, production de la machine.

Une fois que nous avons cessé d’alimenter ce qui peut l’être, il faut regarder le dernier sas de perception s’affaiblir. C’est de loin le plus retors, le plus véloce des engins à percevoir.

Néanmoins, nous avons la possibilité pour notre hygiène psychique au quotidien de limiter les objets favorisant une activité de ce mental (TV, écrans, discussions inutile…)
non pas parce que c ‘est bien ou gentil, de faire comme ce qui est écrit dans les textes traditionnels, mais parce que le contraire serait une façon de se rendre la tâche encore plus ardue qu’elle ne l’est déjà.

Quel est ce monde que je ne perçois pas?
Quel est le monde que j’expérimente sans les biais de perceptions que sont les sens et le mental ?

Ainsi, des deux énoncés plantés en introduction à cet article, je retiens le second, et me refuse à tomber dans le snobisme spirituel d’une interprétation nihiliste qui ferait du premier énoncé son oméga.

En même temps, je laisse résonner le mantra :
gate gate para gate parasam gate bodhi svaha

Bien au delà de tout ce que je peux dire, concevoir, penser comprendre…

Si je l’applique au non-soi bouddhiste (anatta), il s’agit simplement de noter que les choses (phénomènes) ne sont pas.
Ils se sont pas tels que je les perçois.

Je parviens à les considérer pour ce qu’ils sont: une perception erronée et à opérer un retour sur le mode de perception, sur la perception elle-même, sur l’expérience de la perception, sur la conscience qui perçoit et à remettre en cause la fiabilité des informations récoltées.

Les choses, les gens, l’expérience que je fais de moi même sont passés au travers des mille filtres de perception.
Ceux-ci restent ce qu’ils sont et accomplissent leur travail fonctionnel, mais leurs résultats ne m’emportent plus.
Le non-soi peut alors être approché comme ce qui, de par sa nature, ne se laisse pas être découpé, filtré, figé.
Le non-soi transporte l’information que le soi n’est pas. Il est la clé, le code secret qui s’inscrit sur le mur blanc de méditation.

Évidemment, le soi n’est pas,
Évidemment, le non-soi est.

Franck Joseph


©FJ sept 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

LIVRES ET RECUEILS

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