La Maturité Spirituelle

Sur le chemin de la croissance, l’enfant se départit progressivement de ses jouets.
Alors que les années passent, ceux-ci évoluent et se complexifient.
Certains adultes de corps, sont ainsi passés de jouets simples en jouets plus complexes.
La journée durant, ils se divertissent par ces supports où la gamification (1) prend une forme plus ou moins raffinée.
« C’est à moi ! » : voilà le stade de l’enfance qu’ils n’ont jamais vraiment quitté.

En réalité, ils ont accru le nombre et la portée de leurs jouets, et n’ont jamais vraiment lâché leurs hochets d’enfance.
Ils entretiennent avec le monde un rapport de séduction/appropriation/conquête…En pensant le repeindre aux couleurs de leur identité, ils en sont les premiers prisonniers.


La maturité spirituelle consiste à laisser tomber les mobiles, les anneaux et les hochets conceptuels.
Laisser tout cela derrière, même — et peut-être surtout– s’il s’agit de concepts religieux et théologiques.

Les mobiles sont les idées agitées, circulaires, dont on remonte les mécanismes pour nous alors que nous sommes allongés et dans l’attente du sommeil.
Progressivement, ils nous hypnotisent et nous bercent au son d’une petite musique infantile.
Rassurés, nous trouvons l’obscurité plus abordable et y sombrons volontiers. Leur esthétique familière peut ainsi nous poursuivre toute une vie (ou plus).
Ce sont les systèmes de croyances auxquels nous adhérons. Revêtus en peluches, les petits animaux de plastique nous leurrent ainsi suspendus le long de leurs ficelles. Perdus dans leur circuit, nous laissons s’envoler notre existence et les 10,000 occasions de présence.

Les anneaux de concepts, sont les idées et pensées sur lesquelles nous « faisons nos dents » en croyant y décharger nos hargnes, nous renforçons nos propres blocs d’identités.
L’anneau rongé au maximum et les gencives en sang, nous persistons après toutes ces années à nous acharner contre ce qui est perçu comme inacceptable.
C’est la douleur que l’on croyait ainsi traiter, en poursuivant tel objectif, en nous adonnant à telle passion avec tant de fougue…
Mais la souffrance, qui pour la déraciner ?

Enfin, les hochets, à la différence des mobiles que l’on remonte pour nous endormir ou de anneaux que l’on nous tend en prétendant nous apaiser, sont des concepts que nous agitons nous-mêmes. Une pathétique autostimulation d’idées, de pensées, d’objectifs, de stratégies.
Ce sont les visions forcées auxquelles nous nous contraignons à adhérer, trouvant dans la démarche un apaisement factice. C’est aussi le jeu quotidien du mental qui entretient le complexe de fausses croyances, en jonglant de manière continue, avec l’une, puis l’autre, puis une autre encore.
Sachant le hochet agité par notre propre main, et peu familiers des espaces de libertés qui sous-tendent cet aire de jeux, nous feignons émerveillement.
Le décalage entre émerveillement feint et l’authenticité de la joie ressentie, est infiniment énergivore. Comme un trou noir (2), il engloutit nos efforts d’arrachement aux sables mouvants.
Ni pureté enfantine, ni saine naïveté.
dans notre geste, du désespoir.
Seul avec nous même, qui reste-t-il vraiment pour y croire ?

La maturité spirituelle grandit seule, loin des égarements.
Un soir d’automne, il est possible de la voir se présenter à nous.
Derrière les yeux mi-clos, elle éclot depuis l’arbre profond
Et émerge entre le crâne au ciel et les genoux au sol.

Alors, l’enfant que nous sommes enfin devenus
Peut en sourire de sagesse

 

Franck Joseph


©FJ oct 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

(1) cf Next Level: (please don’t) Gamify This!)
(2) cf Trous Noirs

2 commentaires

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