La Tour de Babel (1/2)

La Tour de Babel est en réalité une merveilleuse représentation de ce qui se trame dans notre esprit lorsque le mental s’y déploie avec vigueur.
Il babille et ses centaines de récits se superposent en un joyeux chaos.

En hébreu, בבל, la racine de Babel, renvoie au « mélange »…
Nous pourrions ici orienter ce mélange, non pas vers le pôle positif de l’harmonisation entre des éléments différents, de brassage créatif, mais dans un sens de fouillis.
Ce qui se dit lorsque se produit ce mélange n’est pas compréhensible.

Le cœur même de l’entreprise de la tour de Babel n’est en soi pas différent de l’étape suivante, celle de la sanction divine, renvoyant les hommes à leur incompréhension réciproque (et personnelle) et les répartissant à la surface de la terre.

En cela, il ne s’agit donc pas d’une sanction pour faute commise, mais bien d’une révélation des conséquences présentes de l’erreur commise par les hommes.

Ici, la bible est proche de l’explication des situations du monde par le biais de l’argument karmique. Ce n’est pas Dieu qui sanctionne l’affront que les hommes lui font en se pensant tout puissants. Comme le karma, il est la force révélatrice des orientations prises et des actions menées.
Le monde de chaos que nous créons en laissant le mental à la barre répandre toute son énergie de domination territoriale, n’est pas le fruit de la main divine qui nous dresse à l’humilité, mais la conséquence naturelle des voies que nous prenons.

Ensuite, avant de renvoyer à l’arrogance des hommes en tant que communauté, la Tour de Babel illustre la prétention de cette énergie intérieure qui cherche à imposer sa prise supposée sur le réel.

Dans le texte biblique la  dispersion des hommes à la surface de la terre est la conséquence directe de l’activité présomptueuse de l’humanité

La dispersion est bien le résultat de l’activité mentale non éclairée par le rayon de conscience. Nous voilà rétribués de notre élan chaotique par un morcellement de l’humanité.
Ce morcellement est constaté au niveau intérieur. L’aspect étonnant est qu’une observation superficielle nous donne l’illusion de cohérence, d’identité…

De manière similaire les étages de la tour de Babel s’empilent. Chaque nouvel étage semble conférer une cohérence au projet architectural et justifie un peu davantage la poursuite du projet.
Nous pouvons également y lire une analogie avec notre civilisation et notre relation à l’environnement. Tant que les étages s’empilent, tout semble aller.
L’absence de cohérence ne choque pas les ouvriers, et plus on avance, moins il est probable que nous questionnions le bien-fondé du projet initial.
Plus le temps passe, moins les mains osent se lever pour faire état d’un souci dans les fondations…

Enfin, symboliquement, la destruction de la tour est une excellente nouvelle. Le récit de la genèse (chapitre 11) indique qu’avant de réduire la tour à néant, « L’Éternel descendit pour voir la ville ».
Lorsque la conscience profonde de l’homme illumine les gesticulations de son esprit, instantanément ses montages étriqués s’émiettent et se dispersent ainsi aux quatre coins du rien.

Lorsque l’homme médite, lorsqu’il pratique la conscience, il permet à son Intime Éternel de « descendre voir la ville » et ouvre les voies vers un retour à sa Nature.

Suite : La Tour de Babel (2/2)

Franck Joseph


©FJ oct 2018

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