Faut-il encore poster ? Le moi spirituel

mondanités protéiformes
pas de cachette pour le bodhisattva.

Le post sur internet devient, comme tout ce qui fait nos vies modernes, par ailleurs, un objet par rapport auquel il convient de se positionner.
Dans l’optique des groupes, des pages ou des comptes attenant à la spiritualité, ce positionnement est le plus souvent positif.
L’acteur sur ces réseaux, affiche son soutien à telle ou telle citation; il fait état de son approbation suite à une déclaration ou un article.

Ce faisant, il crée un effet de relief — une sorte de mise en abyme sans redondance — par rapport à cette publication. Il fait émerger un second message dont le message initial est le support. Ce n’est pas tant au sujet de celle-ci qu’il s’exprime qu’au sujet de lui-même.
Par ricochet, l’acteur s’achète ‘une crédibilité spirituelle’ à bas prix. Il bénéficie de l’illusion selon laquelle en participant à la propagation d’un contenu, il serait évident que l’on a digéré, intégré ce contenu.
Malheureusement, il ne s’agit pas de se balader avec un dictionnaire latin sous le bras pour s’exprimer comme le poète Ovide.

Que notre positionnement face au contenu relayé soit positif (identification) ou négatif (dénonciation, contre-identification, donc identification…), cela ne change rien. Il s’agit toujours d’un objet qui devient support et investigateur de notre propre affirmation.
A partir de là, les commentaires circulaires serviront de miroirs dans lesquelles les gloses se reflètent sans autre fin que de renforcer les parts égotiques, pathétiques, renfermées de notre personnalité (égo, self, mind, moi….).

Le moi spirituel est une variante du moi habituel. Sa particularité réside dans le fait qu’il est facilement valorisable. Il présente l’avantage de s’auto-camoufler. L’antinomie entre ‘moi’ et ‘spirituel’ n’est qu’une façade au travers de laquelle l’embourbement n’est pas la moindre  des glissades, au regard des mécanismes d’identifications plus prosaïques.

Alors pourquoi poster sur un réseau social ?
Autant coller des affiches politiques dans la rue, non ?

Pas sûr. Il n’est pas inenvisageable qu’à force de fréquenter ce matériel de communication spirituelle, nous n’augmentions les probabilités de créer une brèche dans l’édifice.
La confrontation inspirée avec un contenu authentique peut favoriser le phénomène de vitrine brisée.
Une autre question serait de savoir ce que peut bien faire du contenu authentique sur un réseau social ?
Peut-être la même chose qu’un professeur avisé dans une école d’un quartier difficile et abandonné des pouvoirs publics.

Ultime écueil : se percevoir comme le bodhisattva digital

et rire

fermer toutes les fenêtres
pour mieux les ouvrir

Franck Joseph

©FJ Feb 2019
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

2 commentaires

  1. Véritable question contemporaine sur le spirituel et comment la projeter ? Faut-il garder ses opinions spirituelles pour soi ? Je me suis souvent posé cette question, d’autant que la quête spirituelle est sans fin. Exposer sans donner un avis et laisser chacun se faire un avis ? Mais alors pourquoi semer une graine sans savoir l’arbre qui en sortira de terre ? Belle réflexion. Et merci pour ce post qui torture mais rafraîchit tout à la fois.

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