Anesthésie Générale (Harcèlement : Où est la Violence quand tout est Violent ?)

Il y peu de publications sur ce blog en référence à des faits précis et identifiables.
Généralement la traçabilité est gommée, et le propos élargi.

Ici, ce post est issu d’une discussion suite à l’annonce du suicide d’une collégienne, victime de harcèlement.
Je n’ai pas la prétention de commenter ce cas précis.
Il fait pourtant écho à un ressenti, un constat grandissant que je fais depuis l’autre côté des bureaux de classe.


Comme beaucoup, j’ai entendu ce drame relayé par les médias, au sein d’une litanie de catastrophes et de rubriques conso plus ou moins grossièrement déguisées.
Une jeune fille de 11 ans met fin à ses jours après avoir été victime de harcèlement.

J’aimerais cependant parler de mon ressenti en tant qu’être humain, en tant qu’enseignant.
Chaque jour, la violence se banalise davantage, je ne peux m’y résoudre. 

Dans les média, les films, les séries, musiques, réseaux sociaux, mais aussi dans nos relations professionnelles et familiales.

Bien sûr nous le constatons tous. Et puis après ? Une autre pub, une autre urgence relative, un autre besoin chasse ce ressenti et le banalise un peu plus.
Chaque pas fait vers cette violence nourrit un peu plus les harceleurs en devenir.

Sans jouer les pères-la-vertu, rester vigilant aux termes employés, aux gestes faits. La violence, s’infiltre toujours par une petite plaie dans la peau, presque invisible, puis devient ce large foyer infectieux dont tout notre être (individu et corps social) souffre et fait souffrir.

Un mot plutôt qu’un autre, un geste brusque…

Petit à petit, la violence enflamme les tissus sociaux et devient pour les adultes comme pour les enfants le seul moyen d’expression, la seule façon d’être au monde.

Il est effarant de constater qu’elle arrose, notamment dans les structures éducatives, sans distinction :  la manière dont les jeunes communiquent entre eux, avec les professeurs, avec leurs parents. La façon dont ceux-ci leur répondent…

 Sur une modalité ‘normale’, nos enfants s’envoient les pires des insultes. Le standard de l’insulte-étalon ne cesse d’être relevé.
Lorsque la violence est ordinaire, elle cesse d’être éruptive et disparaît. Les mécanismes de domination doivent alors la générer de nouveau et augmenter le seuil, créer le décalage de la violence.
La banalisation que l’on nous propose, nous acceptons de la cultiver en nous et devenons toujours plus anesthésiés au monde.

Les belles âmes, préservées par une éducation consciente, non abreuvée par le biberonnage des masses à l’acidité quotidienne, sont parfois les plus exposées.

Je vois dans le regard de certains la simulation, le sourire-tampon : vite, faire comme si cela ne faisait rien.

Lorsque ces termes de métal, rencontrent un esprit délicat, sensible, non épaissi par les croûtes de protections, elles le frappent au plus profond.

Combien d’esprits délicats sont-ils ainsi piétinés par les hordes de brutes ricanantes ?
Combien de temps encore avant que ces brutes ne pleurent sur leurs ricanements passés ?

Franck

©July 2019 texte et photo

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