Embrasser la Souffrance ??

Aujourd’hui dans le bonno, je vois la souffrance. C’est mon choix. C’est comme ça.
Il y a des jours où…


Il faut être fou ou complètement abruti, du type sous la limite des 80 de QI, pour embrasser la souffrance du monde.
C’est pourtant la douce injonction reçue sans équivoque de plusieurs directions :
D’une part, selon la mystique chrétienne, il prend sur lui les souffrances du monde entier. Si le fils de Dieu avait un QI inférieur à 80, ce serait vraiment une erreur de casting aussi grossière que Babar avec une bouée rouge en bandoulière choisi pour jouer dans Alerte à Malibu.
Non. Il est d’une nécessité absolue que l’homme qui « connaît le Père » soit d’une intelligence, non pas livresque ni scientifique, mais totale. Cela signifie qu’il faut qu’il puisse refléter une hauteur de vue largement supérieure à celle des autres, de manière à ce que, lorsqu’il affirme ou déclare, cela soit le fruit d’une sagesse reconnue. Cette sagesse est l’assise de la légitimité.
Jésus est sage,
Jésus parle,
Donc Jésus a raison.
Alors, j’écoute ce qu’il dit.

Il est fondamental que sa perspective soir celle du laser : il doit voir plus loin que tout le monde. Et Jésus embrasse la souffrance des hommes…

D’autre part, chez les bouddhistes, je pense à deux pratiques :
Celle de Tong Len, chez les tibétains où l’on prend, par le détour de visualisations, les souffrances de l’autre sur nous.
Celle de Metta, notamment chez les praticiens de Samatha/Vipassana (Insight Meditation), qui consiste à envoyer progressivement une vague compassionnelle vers les personnes de moins en moins proches de moi, ou, pour revenir aux paroles du Christ, un poil plus abruptes ici, et moins tendrement pédagogues : « aimez vos ennemis ».

De tout bord, invitation est la même et quel que soit l’angle, elle semble manquer de pertinence : endosse la souffrance, choisis la douleur.
On fait difficilement mieux en matière de décision contre-intuitive.
Sauf si l’on opère le pivotement que voici :

La souffrance n’est pas la souffrance.
La souffrance est une illusion.
Cette découverte est au centre des quatre nobles vérités prononcées par le Bouddha après son éveil lors du sermon à Sarnâth.

Ce n’est qu’après avoir intégré ce nouveau paradigme qu’il est possible d’aller volontairement vers ce que nous nommions souffrance il y a quelques lignes encore.
Comme on n’hésiterait pas à traverser un feu de décor de théâtre, sachant qu’il n’est que carton rouge et rubans jaunes ondoyant devant un ventilateur.

Puisque les illusions doivent être toutes mises à jour (Bonno Mujin Seigan Dan), il convient de s’approcher des souffrances pour en dénoncer l’aspect illusoire, comme la corde de l’histoire qui semblait être un serpent.
Le lieu privilégié de l’observation de cet aspect illusoire est en nous.
Les éléments qui nous font souffrir, les phénomènes que nous appréhendons comme douloureux, sont le résultat d’un mouvement lancé depuis longtemps et bien plus large que cette interprétation douloureuse que nous en avons.

Article en lien :
Tout est souffrance, Joie du Bouddhisme
Bodhisattva, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.

Franck Joseph

©FJ May 2019
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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