Digital Natives : A la dérive sur le continent de plastique.

Mon ami appelle la communication un « euphémisme pour propagande » :
Il s’agit bien d’un euphémisme sucré où chacun peut croire à sa place au soleil…

Je les vois, pour ma part, se pousser pour être les premiers à rentrer dans ce monde par essence virtuel (puisqu’il s’agit toujours de rajouter une couche au réel).


C’est un phénomène attristant que de voir les fils gluants tomber aux commissures des hordes juvéniles : « communication, marketing, conceptuel, branding, stratégie, …. »

Attristant, mais pas étonnant. En effet, ce sont toujours les groupes qui se précipitent dans le précipice. On ne verra jamais un seul animal se jeter au fond du gouffre. Toujours un troupeau. Et les portes de l’enfer sont sculptées de créatures abondantes..

Cette association nombre-perdition semble incontournable.
Les flammes lèchent les corps par milliers, et les gakis sont légions. C’est précisément le nombre qui confère l’aspect infernal.
Il semble peu aisé de contester cette paire-là — qui irait imaginer un de ces spectres faméliques aux cous étroits se promener tout seul ? et quid d’un enfer où ne traîneraient que quelques âmes ? Cela n’a rien de très effrayant.

Sortons des vues de l’après vie et revenons dans celle-ci. La dynamique en place est bien la même. Elle laisserait alors présager que, contrairement à cela, l’évolution en conscience est un processus de passage de peigne anti-parasitaire, une filtration.

Bien que je sois personnellement mal à l’aise avec cette vision, si je reprends le contexte de la communication et de l’aire de jeu qu’elle propose aux aficionados de l’empilage des couches entre le réel brut et la réalité modifiée, c’est bien de cela qu’il s’agit.

La cible parfaite pour ces cycles de communicants se trouve aisément dans l’enclos des animaux de l’entertainment, les ‘digital -natives’, dit-on aujourd’hui.
Cette façon de se référer à la jeunesse qui n’a pas connu le monde sans internet, les smartphones et tablettes, est en réalité hautement oxymorique, puisqu’elle accole le terme ‘natives’ qui comme dans ‘native americans’ fait référence au caractère originel des membres du groupe, à leur authenticité, à leur préséances dans l’échelle de sagesse, et le terme ‘digital’. Ce dernier est un signifiant pointant l’artificialité du tout technologique’.

Cette friction entre ces deux vocables est une source de brutalité largement banalisée :
‘Digital natives’ référerait alors à une génération par essence amputée de ses racines non technologiques, et voyant depuis son continent tressé de plastique et de circuits électroniques  son authenticité s’enfuir irrémédiablement sur un radeau de bois.

Ce bassin de digital natives, dans lequel il m’arrive de rester en flottaison, ne trouve rien à redire au fait que l’on vante (que l’on vende) une réalité augmentée.
C’est dans l’ingénierie de ce processus d’augmentation que se situe la communication.
Il n’est pas étonnant que ceux-ci, et en masse, s’y précipitent, tant cette ingénierie est tristement devenue constitutive de leur modalité d’existence.

Le personal branding en est l’exemple parfait. A longueur de journées, sur les réseaux sociaux, ces jeunes vendent leur marque personnelle — ce qu’ils imaginent être le ‘eux’ qu’ils sculptent- et élaborent un contenu où s’empilent les couches de complexité et artificialité entre eux et le monde.
Les moyens technologiques à disposition mettent particulièrement en lumière ces comportements, mais à bien y regarder ils étaient déjà présents, lorsque nos réseaux sociaux ne se tissaient pas de câbles et de serveurs et d‘émojis, mais de cartes professionnelles, de poignées de mains, de regards, de coiffures et de vêtements. C’est le nombre de participants et la proportion de temps alloué qui rend ces dimensions littéralement infernales.

Le développement de la communication en tant que matière d’intérêt est une conséquence plutôt qu’une cause. L’attrait massif qu’elle a pu représenter est une illustration de cette aspérité de notre psychisme collectif.
Il en va de même de sa perte de vitesse. Ne sentez-vous pas la décélération en cours ? Quelque chose dans les cheveux au vent qui tend à s’apaiser ?

La bonne nouvelle est que l’exponentielle des manifestations d’inconscience est l’exacte symétrique de l’exponentielle des manifestations de conscience.
Il est alors possible que les porte du paradis soient remplies de gens heureux, que les bêtes paissent collectivement en paix et connaissent le danger du gouffre.

Article en lien :
Qui j’aimante?
Logiques Émojiques

Franck Joseph

©FJ April 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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