Créativité…Flaque ou Nappe ?

Lorsqu’il se déploie avec tant de grâce,
et qu’il habite chaque recoin de son corps avec une telle intensité,

lorsqu’il écrit, lorsqu’il parle avec tant de fougue et de confiance,
quand il s’étonne de la fluidité, de l’imbrication créative de ses propos,

A l’origine de ses mouvements,
en amont de ses pensées,
se trouve la vie même.

La vie dans sa forme brute, iconoclaste, transversale, universelle,
la vie qui habite tous les êtres coule chez lui en ces instants, non entravée.
Elle est la source de ses mots et de ses gestes.

L’origine de sa connaissance perce
quand il te voit au fond des yeux.

Lui seul ne sait rien.
La connaissance se cherche par delà les regards du monde où il évolue,
les supports qu’il affectionne.

C’est la même vie qui lance les doigts au travers de la guitare,
la même confiance qui clôt la ligne mélodique
avec tant d’implacable rhétorique, c’est la même joie palpitante
qui accole un accord aux couleurs de la voix et permet aux reliefs de surgir.

Par le recul de conscience, il peut le constater,
ressentir la force incroyable de ce don.

C’est alors qu’il pourrait aussi se méprendre,
commencer à se prendre pour un génie ou pour un maître.

Il s’avère simplement que les embranchements mouvants de sa tuyauterie subtile
sont favorables à l’expression de cette vie, tapie en chaque être.

Certains d’entre eux, tels des geysers, permettent aux autres de nourrir,
d’entretenir la foi dans l’existence des nappes salvatrices, des lacs souterrains.


Dès lors que la flaque résiduelle au pied du jaillissement
commence à se prendre pour le lac des profondeurs,
le geyser s’épuise, son débit s’amenuise,
puis il s’éteint, laissant l’eau croupir et les parasites s’en délecter.

Si, en déroulant un concerto pour piano de Mozart aux sons féeriques, aux discours merveilleux et enfantins, à l’audace transgressive des enchaînements, à la puissance argumentative du phrasé, je commence — peut être sincèrement ému par tant de beauté  —  à me prendre pour Mozart, la fluidité de l’instant cesse.
Le robinet se coupe.

Je reste seul dans ma flaque boueuse à beugler un air repoussant.

Il est fort à parier que cette arrogance béante, fruit de mon ignorance surtout, de mon incapacité à apprécier la pureté du flux, par fragilité psychologique, par faiblesse intellectuelle, par emphase de l’intellectualisme…., Mozart lui même n’aurait oser s’en draper. 

Franck Joseph

©FJ August 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS


English Version

Creativity : Geyser or Puddle ? 

When he unfolds content so gracefully
and dwells each recess of his body
with so much intensity

When he write, when he speaks with spirit and confidence
When his fluidness surprises, when creativity arises

At the source of these movements
Way ahead of his thoughts
Lies life in its purest form.

Raw, iconoclastic, crosswise, universal,
Life, which abides in all beings, flows in him unshackled
creating all the words, animating all the moves.

The origin of his knowledge pierces
When he sees the bottom of your eyes.

He doesn’t know much
But beyond the worlds he navigates
and the material he favours most
Knowledge unwinds.

It’s the same life throwing itself through the guitar
the same confidence ending a vocal line
swirling with rhetoric, the same joy pulsating
which appends such a chord and a voice
letting depths revealing.

Perspectives in consciousness let him see
Let him feel the unbelievable strength of the gift.

Precisely where he could stumble :
Starting to believe he’s a genius, a master.

It simply turns out his subtle pipes
arranged themselves accordingly
and allowed the expression of life
at the heart of all beings.

Some of them, like geysers, feed the rest
and sustain enough faith in underlying fields.

As soon as the remaining puddle beside the gush of liquid
starts to think of itself as the lake of profoundness
the geyser runs dry
Leaving the stagnating puddle to its rotting fate
Parasites multiply and swarming noise settles.

When I play a concerto composed by Mozart,
with otherworldly sounds, with the childlike enjoyment,
transgressive engineering, argumentative power,
If  I begin to think of myself as Mozart,
even though I might be sincerely overwhelmed by so much beauty,
the flow of creativity ends instantly.

The tap turns off
I sit alone in my muddy puddle, yelling a repellent tune.

Chances are, this gaping arrogance, born out of ignorance and inability to praise the flow, out of psychological weakness, maybe, Mozart himself would never have had it.

Franck Joseph

©FJ August 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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3 commentaires

  1. Bonsoir Franck.
    Celui qui vit l’état de rupture ne peut plus croire aux projections ni aux identifications. Un gardien l’en empêche. Un gardien vigilant et redoutable par moment. 🙂 C’est lui qui nous « apprend » à rire. Quand on parle du Jeu Divin, on croit que Dieu joue avec nous, mais il n’en est rien. Nous ne sommes pas des marionnettes, ou plutôt, je dirai volontiers que nous sommes à la fois les marionnettes et les marionnettistes. Et c’est cela qui fait rire. Nous prenons conscience de cette réalité époustouflante. Nous sommes notre propre « Jeu ». Bien sûr, parfois, cela peut-être dramatique. De fait, c’est souvent le cas. Hélas !

    Merci encore Franck.

    Belle soirée à toi et à tous les tiens.

    A bientôt…

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