SanGeMon : Enseignement ‘à la Tierce’.

Note préalable : Le Sangemon est un court texte éventuellement récité dans la pratique du zen soto.

N’ayant su la trouver en ligne, j’en propose ici une libre –et maladroite — traduction en français, dans l’attente de mieux.

gashaku shozō shoaku go
kai yu mushi ton jinchi
ju shin kui shisho sho
is-sai gakon kai sange

Aujourd’hui je regrette profondément
toutes les actions commises par le passé, ayant pu nuire à autrui,
émergeant du désir, de la colère ou de l’ignorance,
et manifestées par mes actes, mes paroles et mes pensées.


C’est l’origine énoncée de ces actions malhabiles qui m’interpelle. Ici, elles sont manifestées par mes actes, paroles, pensées. Elles les empruntent comme vecteur.
Ces trois canaux sont un moyen de transport que l’ignorant met à disposition des bandits de grands chemins…
Il se retrouve malgré lui impliqué dans une sombre histoire.

Cela souligne le décalage entre notre identité de surface et un mode d’expérience de la réalité plus profond.  Cette identité de surface est celle dans laquelle nous nous vautrons. Elle est le lieu depuis lequel nous étouffons et tournons dans les manèges d’ignorance.

Le Sangemon permet de questionner notre identité. Ce court texte de repentance propose comme une double voix, un enseignement ‘à la tierce’ que l’on entend tinter si l’on s’approche un peu.

Ce que les gens expriment est bien au delà d’eux. Ils pensent qu’ils s’expriment de telle ou telle manière, qu’ils ont telle ou telle idée, parce que cette modalité ou ce positionnement idéologique reflète ce qu’ils sont vraiment, profondément.

En réalité cela n’a rien à voir avec eux.
Ces manifestations les dépassent complètement. Elles viennent de bien plus loin qu’eux. Ce sont des forces en mouvement, en devenir. Si les gens se disent colériques, doux, de gauche, de droite, contre les syndicats, contre le patronat, pour le mariage homosexuel, contre l’impôt sur la fortune…c’est que dans leur quête d’identification permanente et angoissée, ils croient attraper ces courants puissants qui les traversent dans de petits sacs en papier.
Puis, ils les accrochent à leur ceinture pour se lester, pour exister au monde du mieux qu’ils le peuvent en cet instant.

La pratique de la méditation n’empêche en rien ces grands courants.
Elle tente d’ouvrir portes et fenêtres pour que les vents, même s’il leur fallait renverser les chaises et retourner les cartons, mélanger toutes les feuilles des dossiers, s’en aillent par les fenêtres ouvertes.
Le méditant enfin, sait rire à ses bras qui moulinent quand il tente encore d’attraper le vent dans ces sacs en papier.

Elle est infinie, l’origine de ses courants et leur destination avance avec la ligne d’horizon.

Nous leur offrons les voiles de nos paroles, les mâts de nos corps et les coques de nos esprits, mais ils ne sont pas nous.

Est-ce crainte de n’être rien qui nous rend si fébriles dans notre besoin de les manifester ?
Pour peu que nous n’y prêtions attention, nous croirions vraiment que nous sommes ce navire le long des océans…

Franck Joseph

©FJ August 2019
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

 

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