le Biais du Planisphère : « Pourquoi moi ? » et « Parce que moi « 

Le syndrome de persécution est un syndrome de préhension.

Celui qui articule ses schémas et conte ses histoires d’agressions et de complots dévoile en réalité une stratégie de persuasion.

Il lui est nécessaire de se parler psychologiquement afin d’assurer une continuité à son impression d’être. Son tropisme consiste à s’assurer d’être au centre du réseau d’histoires.
Le délire de persécution, même léger ou approché dans sa forme quotidienne partagée par tous, est toujours le résultat d’une angoisse de mort. Il est aussi un écho négatif de l’affirmation de soi plus outrancière.

Certaines personnes sont obsédées par la nécessité de prouver au monde entier, derrière chacune de leurs sorties, à quel point ils ont du caractère et se sont pas n’importe qui.
C’est ici une autre manifestation de la même souffrance. Deux expressions psychologiques du même biais : la peur d’être moins. La peur de n’être plus.

Appelons ce type de manifestation le biais du planisphère : chaque pays enseigne à ses ressortissants une  représentation géographique du monde au sein de laquelle il trône de manière centrale. Par cette habitude, il permet aux enfants d’apprendre que le monde s’agence autour de leur pays.

Sauf que cela est faux et la réalité de la mappe-monde détrône ce nationalo-centrisme en une nanoseconde. Chaque pays réécrit pourtant l’histoire dont il est le héros (ou la victime, ce qui revient au même) et chaque homme dans ses circuits autocentrés réagence les évènements du monde autour de sa personne, accroissant à chaque passage le pouvoir de conviction que sa représentation exerce sur lui même.

Au gré de ces déroulements, l’homme se voit, s’entend exister aux yeux de ses interlocuteurs et se rassure un peu plus…ou doute un peu plus, en écho aux micro-réaction agacées, dubitatives, ou protectrices de leur environnement…

Cette persécution (pourquoi moi ?) qui sous-tend toutes ces relectures et son corollaire assertifs (parce que moi….) ne sont-ils pas tout deux des mécanismes de surcompensation révélant l’un et l’autre l’incertitude profonde de  l’être d’exister vraiment ?

Ce doute profond devra être entendu pour ce qu’il est. Derrière lui se pose la question de la terreur ontologique de l’individu.

Peut-on vivre en se sachant ne pas être vraiment ? En cela, les comportements détaillés ici (persécution ou hyper assertivité) sont révélateurs d’une connaissance profonde non consciente de cette évanescence. Comment l’accueillir ?

Franck Joseph

©FJ Sept 2019

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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