Diamétralement Opposé

Au plaisir de la décharge nerveuse que représente la critique laissée en roues libres est associé le versant négatif, à la fois simultané et postérieur à ce premier épisode : celui de la culpabilité.

A bien y regarder, il n’y a pas de contradiction.
L’opposition plaisir/culpabilité n’est que le fruit d’une lecture erronée de ce qui se trame dans ces moments.
Nous appelons plaisir ce qui est en réalité l’expression directe, ouverte de la culpabilité.  Au moment où, consciemment ou non, nous laissons passer la colère, la remontrance, l’élan disciplinaire, nous exprimons ce que nous retenions de manière coupable.
La pelote plaisir/culpabilité est unique.
Nous laissons le champ libre au “je ne devrais pas”; nous permettons que ce jaillissement laisse la place à la culpabilité classique du “je n’aurais pas dû”.


Plutôt qu’une dichotomie plaisir / culpabilité, l’opposition peut se formuler en ces termes :
« je ne devrais pas” , donc je fais

-« je n’aurais pas dû” , donc j’ai fait.

La contradiction laisse place à une cohérence transversale : la dissonance entre le positionnement intérieur et l’empreinte de l’action sur le réel : une seule manifestation.

Bien qu’au début de cette publication, nous parlions de décharge émotionnelle, celle-ci est en réalité illusoire. Il n’y a de décharge que lorsque le contenant s’est vidé de son contenu.

Ce que nous apprennent les textes des différentes traditions, l’éclairage des maîtres, et l’observation de ces mouvements en nous, c’est qu’il n’en est rien.
Chaque occasion de colère, de remontrance, de critique, de commérage, creuse un peu plus profondément le sillon de l’habitude comportementale.

L’illusion de “décharge”, le passage du “je fais » au « j’ai fait” creuse le sillon. Les conséquences concrètes qui résultent de tels comportements versent l’acide de souffrance (“je ne devrais pas/ je n’aurais pas dû”)

Pour sortir de ces chemins et laisser les sillons-plaies se refermer, il faut s’aventurer préalablement dans des sentiers encore peu fréquentés : ceux permettant de faire la lumière sur l’illusion de décharge émotionnelle qui prévalait jusqu’alors.
Ces nouveaux comportements sont une aventure qui requiert du courage de la part de celui qui l’entreprend. 

C’est par le diamètre que l’on circule le mieux sur le grand cercle des comportements possibles. Aussi, dans ces instants de montée de sève émotionnelle, n’hésitons pas à emprunter l’attitude diamétralement opposée à celle où nous nous trouvons.
Les manifestations égotiques :
“Parce que moi, je”….
“parce qu’avec moi, …” nous empêchent de nous croire capables d’habiter ailleurs que là où nous nous trouvons sur notre petit cercle…osons le saut de conscience.

Par l’observation, nous devenons dans l’instant celui qui ne fait pas…

Qui n’élève pas la voix
qui ne claque pas la porte
qui n’insulte pas
Devenons l’être qui observe.


Comme il faut tout ignorer de soi pour croire savoir ce que nous sommes.

Si de l’autre coté du cercle, nous ne sommes plus celui que nous pensions être, nous sommes encore. 
Dans la tendresse et la parole aimante, ou le geste qui touche, comparons la joie qui naît en nous et voyons clairement ce qui nous allège ou nous alourdit.

 

Franck Joseph

©texte et photo FJ Oct 2019. All rights reserved.

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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