Capacité de Charge Maximum

Les difficultés à se projeter dans une situation relèvent souvent de la faible capacité à en assumer la charge mentale.

Cette situation est toujours l’événement futur vers lequel on est, par définition, non réalisé.

Tant que la réalisation de cet événement n’est pas effective, il doit être stocké quelque part et se retrouve dans la conscience de l’individu. Cette donnée devient donc source d’angoisse, d’appréhension, de questionnements, et donne ainsi lieu à des appréciations sans fin : entretien professionnel, rendez vous amoureux, déplacement à venir dans un lieu inconnu….
La faible capacité de charge mentale se voit alors prise dans un cercle vicieux, rétrécissant encore l’aptitude de l’individu à approcher, à évoluer dans son quotidien. Le futur, en prenant la place du présent, le bouche, l’étouffe.

Il faut ici poser clairement sur le papier que tout ceci est le fruit d’une méprise, d’un raccourci erroné que l’on a emprunté des milliers de fois et qu’il faut aujourd’hui reconsidérer.
Le papyrus est enroulé depuis si longtemps que les mots de fin interfèrent de manière peu productive avec les mots du début.
Remettons-les documents à plat.

Ce n’est pas parce que l’évènement n’est pas effectif qu’il doit se retrouver stocké au frais dans le congélateur de nos conscience, dans le data center de notre cerveau, pour en être sorti lorsque son heure sera venue.
L’évènement n’est pas placé de façon sure et irrévocable dans la chaîne des évènements à venir : n’importe quel micro décalage peut toujours advenir et donner lieu à des déploiements totalement différents et inattendus.
Le réflexe de stockage n’est donc pas d’une efficience redoutable.

D’autre part, cette chaîne n’existe tout simplement pas. La linéarité du réel est une vue de l’esprit permettant de fonctionner au quotidien et de conférer aux individus en interaction un minimum d’illusion de prise ou de contrôle sur les éléments qui leur sont extérieurs.

Enfin, les points de passage fixes (nous mêmes) que cette prétendue chaîne des évènements traverserait ne sont pas figés : lorsque l’évènement se présente sur la chaîne du temps, il n’est pas ce que j’ai anticipé et je ne suis plus celui qui l’a porté tout ce temps.

Toujours mouvants, l’évènement et moi nous rencontrons davantage dans une danse que sur un chaîne de montage. Dans cette danse nous nous réinventons l’un l’autre.

Last but not least, après l’absence de réalité d’un temps linéaire, la non densité de l’événement, évoquons pour conclure la possibilité d’une non densité de nous-mêmes. Ne sommes nous pas, en tant qu’individus, l’événement de l’autre ?

Une charge mentale (positive ou négative) que les autres portent jusqu’à ce que nous nous matérialisons devant leurs yeux ?

Franchissons cette dernière étape : ne sommes nous pas à nous-mêmes notre propre événement ?

Nous nous anticipons, nous portons, nous sommes à nous mêmes notre propre charge mentale manifestée, rencontrée, vérifiée, ou infirmée au gré des instants…

A la fois porteur de cette charge et cette charge elle-même, tout cela avec la lourdeur des schémas psychologiques au long cours ou dans l’extrême fugacité des soubresauts du flux de conscience…
Se pourrait il que nous créions le temps ?

Franck Joseph
©FJ Feb 2020
Livres disponibles ici : RECUEILS.

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