Êtres Sensibles

La sensibilité, telle qu’elle est le plus souvent entendue de nos jours, correspond à la sensibilité émotionnelle.
Le stimulus peut être exogène (les mots de l’autre, une situation vécue) ou endogène (un souvenir d’une situation passée, une appréhension d’une situation à venir, une élucubration quelconque).
En réalité, l’impact du stimulus semble souvent être dû à un facteur hybride: à la fois extérieur (propos de l’autre) et intérieur (mon interprétation, l’écho que je lui donne…)

Discernement

Sur le chemin du processus de maturation, il devient opportun d’opérer une différence entre la sensibilité émotionnelle en elle-même et le pouvoir d’aliénation de cette sensibilité.
Trop souvent, nous souffrons de l’hypertrophie de ce pouvoir qui nous dérobe à nous mêmes et nous rend littéralement inopérant dans le monde. Nous en souffrons tant que, d’instinct ou à la faveur d’un auteur bancal, d’un ami blessé, nous cherchons à éradiquer la sensibilité originelle.

C’est toujours la souffrance qui oriente vers l’endurcissement que représente le blocage en amont de toute sensibilité.
(Le bébé, l’eau du bain…)

La sensibilité, cette capacité fine, est l’espace scénique de notre vie. 
A détruire les planches, plus aucun acte ne se joue.
Faussement sécurisée, appauvrie, la terre de nos cœurs craquelle et se meurt.

Il est facile de tomber dans le travers élitiste consistant à prétendre être « au delà » de ces manifestations.
Je pense qu’il s’agit simplement d’une manipulation rhétorique, souvent inconsciente de la part de ceux qui en sont les premières victimes. C’est un (anti)-mantra qui se répète de livre en bouche et de bouche à oreilles.

Il devient alors intéressant pour ces personnes de se prétendre non sujets à la chose émotionnelle. Puis, les dynamiques de mimétisme et les jeux sociaux propres à ces cercles se mettent en place, et voilà la personne piégée.
Ce mécanisme n’a d’autre effet que de renforcer la souffrance lorsque la sensibilité et son pouvoir autoritaire referont surface à la faveur d’un phénomène trop étouffé.
Cet attachement à un but artificiel (la non sensibilité du maître d’apparat) est une stratégie de protection contre productive.

Météo

Les subtilités, les finesses des transitions, la créativité inépuisable des conditions météorologiques, continuent de nous ravir, de nous émerveiller ou de nos surprendre.
Nier ces réalités ou prétendre s’en lasser, c’est omettre que nous sommes en vie.

N’avez-vous jamais été transpercé par la beauté d’une pluie diluvienne ?
Ni détrempé, ni empêché, vous l’observiez depuis la baie vitrée.
Et le son ruisselant sur le toit de mousse, ne vous a-t-il jamais hypnotisé ?

Mettre au ban de nos mécanismes la sensibilité revient à souhaiter un temps morose toute l’année, simplement parce que nous sommes dépourvus de véranda.

Par la pratique de la méditation, les travaux d’aménagement se réalisent.
Plus ou moins vite et de manière plus ou moins linéaire selon les cas.
Progressivement, nous apprenons à apprécier la beauté climatique depuis la véranda.

S’il arrive que nous sortions encore, chercher un vêtement que les enfants ont laissé traîner ou entretenir le potager, et que la pluie brutale nous saisisse, nous savons qu’à quelques pas de là notre demeure nous attend et que nous pourrons nous y asseoir.

Au foyer de notre pratique, nos vêtements de peaux se laissent sécher
Devant l’âtre de notre nature, les phénomènes de la vie s’apprécient sereinement.

La pratique

Être sensible, oui.
Mais quand la sensibilité déborde, cette capacité fine d’appréciation, de thermomètre émotionnel instantané commence à desservir.

Être sensible, alors c’est être sans cible.

L’aiguille oscille en tout sens. Folle, elle habite n’importe où sur le cadran.

L’attention à l’objet vient à notre secours : un conseil ancestral. Observez la respiration,. Elle est le premier élément constitutif de l’environnement, elle redonne prise et assure une cible à nos phénomènes intérieurs. La cible est mouvante elle croit et décroit, c’est son plus grand atout.
Par le point de fuite, ces phénomènes intérieurs s’organisent ainsi en une perspective d’ensemble.
Ce point de fuite n’est en réalité point une fuite mais une orientation.
La cible retrouvée permet de restaurer le minimum d’ordre en deçà duquel nous  ne pouvons fonctionner.

Franck

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