Samsara et Voyage en Taille-Land

L’intérêt du voyage — ce qui remplit le cœur et fait naître le sourire à peine s’imagine-t-on embarquer pour quelque destination ensoleillée — tient beaucoup au fait qu’étant le plus souvent entouré d’inconnus, il nous est possible d’apparaître dans ce contexte sans les entraves habituelles liées à celui que nous sommes.

Assez spontanément, dans les environnements de voyage, nous nous montrons comme celui que nous souhaitons être.
Sur les visages des gens de voyage que nous croisons dans les navires, trains, aéroports : ici, l’homme pressé sur son smartphone appliqué; là, l’artiste entre deux concerts ou deux expositions; là encore, l’écrivain avalant les paysages comme autant de plaques d’inspiration; ici encore, la digne représentante d’une jeunesse dorée, cavalant le monde de soirées en week-ends mondains, les yeux mi-clos, par le grand sommeil et la lassitude snob.

Qu’en est-t- il en réalité ?

Continuons de parcourir les visages et regardons en dessous des couches d’apparat : 
Là, une ado qui rentre chez sa mère, ici un retour d’entretien de meeting bien corporate, insipide, inutile.
Là encore, un poète du dimanche en quête d’une première ligne à griffonner pour se donner contenance..
Il devient alors évident que le voyage, même s’il alimente la fuite de ce que nous sommes, tamponne doucement nos égos blessés par le quotidien d’un miel douceâtre et de flocons éphémères.

Dans ce voyage se trouve à l’oeuvre la dynamique du samsara, le cercle des existences. Celui-ci est une allégorie de celui-là.
Le voyageur détourne les yeux de ce qui est, de ce qu’il est et les pointe en direction de ce qu’il n’est pas. 
Le serait-il, il est fort probable que ces voyages le fatiguent. Il ne les investirait alors pas de supports à l’être fantasmé et les laisserait se réduire à leur condition de moyen.


Il s’agit surtout d’un cercle de douleur croissante, car le matériel que nous fuyons, ne cesse pas de mijoter pour autant et l’écume contenue par le couvercle vissé sur lequel nous sommes assis ne manquera pas de taquiner notre postérieur.

L’être de voyage sait que les joints finissent toujours par parler de la mousse de ce que nous  sommes.
Quand bien même nous serions assis sur une plage en Thaïlande, nous demeurerions le fruit de  nos conflits, la pointe émergée de nos paradoxes.

Le matériel, notre matériel, reste notre matériel.
En le refusant, par ces jeux de parenthèse à projections, nous laissons passer notre tour et ajoutons une couche de verre fumé entre nous et le plateau de jeu.
Losqu’il nous faudra à nouveau avancer le pion, y verra-t-on encore suffisamment pour le faire en connaissance de causes ?

Thaïlande ou ailleurs, il n’est pourtant aucun endroit où notre matériel (illusions, bonno….) ne puisse être adressé.
Voilà, à la fois, la meilleure raison de ne pas voyager,
et la meilleure raison de le faire. 

Franck‌ ‌Joseph‌ ‌ 

©FJ‌ ‌January‌ ‌2020‌

Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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