Pleurs Phréatiques

Comme il est ignorant celui qui craint les jets de lave et occulte la terreur sourde qu’évoque  le magma serpentant sous la croûte terrestre.

Il est vrai que rien n’apaise la souffrance définitivement, que les pleurs intérieurs nourrissent les nappes phréatiques de façon bien plus ruisselante que les quelques larmichettes qui coulent le long des joues.

Dans une barque en bois, flottant encore à la surface des flots, l’enfant sanglote sans répit, parcourant les ondes profondes des nappes en mouvement. L’œil orienté vers le plafond de pierre rougeâtre, il voit les parois rendues luisantes  par l’eau qui s’amoncelle.
Au gré d’une pagaie d’infortune, il fait ce qu’il peut.

Au fond de la voûte immense, pourtant,  porté par une onde heureuse, il se retrouve aspiré dans une brèche au delà de laquelle l’eau bleue devient joueuse. Le ciel est ouvert  et les poissons joyeux entourent la barque, comme une bonne nouvelle.

Que le niveau de cette eau monte, stagne ou descende, cela ne change rien.
Et si la barque se retourne, les bancs surabondants de poissons, agrégés en berge temporaire, le porteront.

Il faut avoir erré dans les grottes profondes et senti se rapprocher les roches acérées quand les remous s’obstinent. Et quand, au fond de la nuit les chauves souris se lèvent par centaines pour traverser la cathédrale souterraine, hurlant jusqu’à faire exploser les plus saints des vitraux, l’enfant, cent fois a sursauté dans sa barque, laissant son cœur pulser les dernières gouttes de sueur au travers de son front.

Lorsque l’enfant paraît par l’entaille innocente, c’est l’océan, le ciel, les poissons, les oiseaux qui l’accueillent en prophète et dansent autour de lui.
Toutes les barques alentour sont habitées par d’autres: enfants, adultes, hommes et femmes, tous habillés différemment, selon les époques et les styles qu’ils endossent. Tous hébétés, apeurés, affairés, tristes à mourir encore une fois.

Qu’a-t-il donc encore à craindre maintenant qu’il peut voir que la grotte n’est pas tout?
Pourquoi se mettrait-il à ramer dans un sens ou dans l’autre, lui qui voit la rondeur de l’océan?

Le soleil, abondant et la mer nourricière  accueillent les récits qu’il sifflote avec légèreté sans qu’il lui faille les mettre en mots.
Peut être que le vent portera l’un d’entre eux à l’oreille de celui qui regarde le ciel ou les fonds abyssaux? A celui dont les muscles  se refusent à ramer quelques mètres de plus? A celui qui peut voir que le niveau de l’eau monte dans la barquette en bois et que déjà les planches s’effritent avec le sel?


Les voûtes et le ciel communiquent sans pliure.
La voûte étoilée est toujours une.

L’entre-vies donne les couleurs à la vie. L’antre-nuit donne les saveurs aux journées.
Il faut avoir parcouru les deux aspects de ce spectre unique pour en voir les richesses et apprécier l’artificialité de leur séparation.
Les vies éternelles jaillissent dans le présent, et la journée condense, en permanence, l’éternité.
Ainsi, nous n’avons prise sur rien, et il n’est rien sur quoi nous n’ayons pas prise.

Libres, car impuissants
Ivres, car infinis.

Franck

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s