Derrière le Rideau…

Il y a, dans la tournure de « peut-être » un éclat du miroir de l’essence démocratique qui reste planté en mon cerveau telle une épine en mon pied.

Et sur cette épine une goutte de sang, reste de quelque giclée de membre tranché sur un bout de terre conquis, défendu, préservé, souillé, c’est selon le coté de la frontière où l’on se trouve.

C’est ce « peut-être », moteur du progrès, de la pensée évolutive. Celui-là est un masque grossier du « pourquoi pas », lui-même entrouvrant la voie au très démocratique « pourquoi pas moi ? ».

Également, il y a dans ce « peut-être » toute la fausse humilité démocratique. Un simulacre d’égalité. Une défense préventive à toute accusation de déni de la sacro-sainte égalité. Sans ce « peut-être », l’homme éduqué aurait l’immense arrogance de penser que son discours structuré et argumenté est de valeur supérieur à celui du premier sot venu : suprême blasphème anti démocratique.

Bien sûr, il s’agit là d’une pensée extrême, un jusqu’au-boutisme. En théorie, car c’est l’affirmation, la validation de ce reductio ad absurdum qui est brandie avec des allures de garde fous à respecter, défendre, préserver.

Une armée de la bien-pensance œuvre donc à la sauvegarde de ce modèle, dure tâche de maintenance perpétuelle qui soulève d’autres questions quant à l’existence d’un « état naturel » qui hantera nos structures humaines tant que nous ne l’aurons pas réinvesti ou à la nécessité d’accepter comme un pis-aller ce modèle du « peut-être ». Mais cessons de brandir ce pis-aller comme l’état naturel. Cela choque autant que les produits 100% verts remplis de E.

Et c’est bien là le ridicule absolu de cette situation car c’est précisément le rôle de garde fou qui est fondamentalement encastré dans ce « peut-être ». Il est beau pourtant, ce mot. D’un coté « peut » de l’autre coté « être » et au milieu « – » comme une couture qui tient ce rideau fermé…prête à céder à la moindre idée germée dans un cerveau, plus ou moins inspiré d’ailleurs, c’est là tout le problème.

C’est donc un rideau sur le point de s’ouvrir sur l’infinité des possibles. Et mieux vaut un rideau que rien, c’est plus nuancé, et plus poétique. Ici réside le mystérieux de la démocratie, une esthétique de la surprise, avec un matelas de sécurité tout de même. La démocratie est un spectacle : on y rêve, on a peur, on rit bien des fois aussi, mais c’est pour de faux, ce n’est qu’un spectacle. On peut s’exercer à se laisser berner et emmener loin, s’entraîner à ce faire peur pour rien (pour être invités sur les plateaux de télévision, ou haranguer les ivrognes de PMU) ou même avoir le rire facile (pour passer de bons moments devant sa télévision cette fois).

Un rideau, c’est mieux qu’un mur aussi. Le mur est tristement péremptoire. Les pupilles ne brillent pas devant un mur. Et puis n’importe qui intéressé de près ou de loin par l’anthropologie murale sait qu’ils évoluent par groupes et se reproduisent rapidement. C’est pour cela que la mousse aime les murs, ils sont pareils à elle. Le totalitarisme égalise tour le monde. La démocratie fige tout le monde, les yeux sur le rideau.

Le problème n’est pas l’infinité des possibles mais leur égalité théorique, qui tend vers le manque de sens commun. L’intellectualisation de tous ces possibles avec la même énergie qu’impose cette égalité théorique est autant épuisante qu’ inutile. Le but n’est plus tant d’œuvrer à la réalisation d’un de ces possibles mais de en pas « stigmatiser » l’une ou l’autre des pistes énoncées, ne serait-ce que pour ne pas transgresser le totalitarisme de l’égalité. C’est la potentielle dérive du régime.

Et l’exploration d’autres modèles tels que la quête de « l’état naturel », l’absence de rideau ou même les murs, ne sont-ils pas envisageables de derrière notre fragile « rideau de sécurité » ?

Peut-être….

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